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  « Rencontres romantiques à Sciences Po »

 

Il y a 60 ans, l’IEP de Grenoble était créé avec un objectif affiché : former les cadres éclairés de demain. Mais au fur et à mesure des années, l’école a rempli un autre rôle : celui de lieu de rencontres amoureuses. 200 couples s’y sont formés. Beaucoup tiennent encore. Enquête sur ces « Sciences Paires ».

Dans la série Sciences Po mène à tout… rajoutez le mariage. Ces hommes et ces femmes ont fait l’IEP de Grenoble il y a quelques années. Ils viennent de toute la France. Ils se sont installés à Paris ou dans de grandes métropoles. Ils ont la vingtaine, voire la cinquantaine. Au fond, ils sont comme tous les élèves de Sciences PO avec une différence. Ils font parti des 400 diplômés qui ont rencontré leur conjoint à l’IEP. Concubins, pacsés, mariés, peu importe. Ce qui force l’admiration dans ces couples, c’est surtout qu’ils sont encore ensemble, 5 ou 30 ans plus tard.


Christine Pallier (SP 79) et Thierry Gans (SP 79)


Des copains de classe

Nombreux sont les couples d’Iepiens qui se sont formés dès les premières années. Des idylles de jeunesse transformées en histoires « sérieuses ». Claire Jouanneault, ancienne SP, se souvient : « Avec Luc, on était ensemble dès la première année, dans la même conférence de méthode. On s’y ai fait plein d’amis jusqu’à former un groupe. Un an plus tard on était en couple ». Similaire sur ce point, la rencontre entre Chris-tine Pallier et Thierry Gans a été plus piquante. « On s’est retrouvé en conf’ en deuxième année. La classe s’est présentée dans un tour de table. Thierry a insisté sur le fait qu’il était Grenoblois, né à Grenoble, pas dans les petites villes environnantes en somme. Cette manière de faire m’a choquée, moi qui venais de l’étranger. Après la classe, on s’est expliqués ». Drôle de première rencontre. Une amitié s’est pourtant formée. « Et à Noël, on s’est rendu compte que c’était plus que ça et on a passé le pas ».

Ces couples se sont forgés sur la base d’une amitié intellectuelle. Ces hommes et ces femmes ont d’abord été et sont restés des copains de classe. Pendant leurs études, ils font leurs devoirs ensemble, se rendent à des spectacles ou des expos, révisent les partiels en duo. Claire évoque cette période : « Dès qu’on a commencé à sortir ensemble, on a vécu ensemble. On se voyait en cours et en dehors. On travaillait chez lui et on dormait chez moi. Il était plus doué que moi pour les études, lorsque je sortais d’exam, je lui montrais mes sujets et il me trouvait la réponse en 15 secondes ». Avoir un copain à Sciences Po était une motivation supplémentaire pour se concentrer sur les études. Pour Christine aussi. « Avec Thierry, on était travailleurs. Quand il avait la meilleure note, j’avais la seconde. On se motivait entre nous. Mes parents étaient contents que j’aie rencontré quelqu’un de sérieux ». Rencontrer son âme soeur à Sciences Po était une habitude dans cette famille. Plus téméraires, la cousine de Christine et son conjoint n’étaient pas exactement des copains de classe… elle était étudiante oui, mais lui était son enseignant !


Fin d’études, dernière chance

D’autres Iepiens ont mis des années à se décider. C’est le cas de Cyril et Eugénie Bousquet. « La rencontre a eu lieu en première année mais chacun vivait sa vie, avait ses amis. Tout a basculé à la soirée de désintégration. On est sortis ensemble pendant quelques mois puis nos destins se sont séparés : je suis parti en Angleterre, elle en Colombie. On espérait se remettre ensemble secrètement. On a tout mis en œuvre pour pouvoir poursuivre nos études à Paris tous les deux ». De même pour Françoise Ancey : les années ont passé avant que l'occasion de fricoter avec son compagnon actuel ne se présente. « Ronan et moi ne nous parlions pas à l’IEP, on était dans deux bandes différentes. On s’est retrouvés des années après parce qu’on avait un ami commun. Mais durant nos études, on avait chacun quelqu’un dans l’école. Il a fallu attendre, entre autres, que ces histoires se terminent ».

Tous ne sont pas des « premières années », comprendre « des élèves de la première heure ». Entrés à l’IEP après un DEUG de langues Gabriel Joseph-Dezaize et Safa Baghaï ont profité de la rédaction d’un mémoire collectif pour se rapprocher. Une chance saisie en dernière année. « Le mémoire, ça a été l’oreiller », résume Gabriel. « Avec un ami, nous avions décidé de réaliser un mémoire sur la production musicale indépendante. Safa était toute seule, on a voulu l’intégrer à notre groupe. Entre temps, elle est devenue ma meilleure amie. Pour notre devoir, on a été reçus par toute l’industrie du disque à Paris. Un soir, elle n’est pas rentrée chez sa maman mais a dormi dans mon studio parisien ». Comme les couples postlycéens, nombreux ont été liés par une « amitié-amoureuse », cette relation sur le long terme qui se transforme un jour.

Pas Péguy et Sélim Kançal. « On s’est rencontrés à un apéro rencontre des anciens des IEP au Quigsley Pub à Châtelet. J’y allais pour trouver du travail, me faire un réseau de connaissances», se souvient la Grenobloise. Sélim, le Lillois, était là pour d’autres raisons. « Honnêtement, je cherchais une copine. J’en avais marre de draguer en boîte. Lorsque j’apprenais à connaître la fille, il y avait toujours un problème de conversation. J’ai mis en pratique la stratégie du marketing amoureux. A une soirée Sciences Po, j’étais sûr de trouver quelqu’un qui me correspondait ». La théorie est bien ficelée, mais la réalisation plus périlleuse. « Le problème c’est qu’il s’y est pris bizarrement ! », s’exclame Péguy. « Alors que je proposais mes CV à la ronde, il me présentait à chaque fois comme une amie, pour m’aider je pense. Et la première question qu’il m’a posée c’était « Pour qui tu votes ? ». Le lendemain il m’a rappelée mais toujours de manière étonnante : il s’est fait passer pour un DRH ! », précise-t-elle comme si elle le vivait. Leur exemple a fait des émules. Symptôme de leur attachement à l’« esprit Sciences Po », Noël Mamère, homme politique de renom, les a mariés et Stéphane Pusateri, président de l’association des diplômés a été leur témoin.


Péguy Kançal (PO 2001) et Sélim Kançal (Lille)


Sciences Po, lieu d’homogamie

Le « marketing amoureux » de Sélim est ce que d’autres appellent « homogamie ». Si lui a adopté cette attitude consciemment, d’autres le font malgré eux. C’est le sociologue Alain Girard qui a inventé le concept d'homogamie : la recherche d’un conjoint issu du même milieu social que soi. Ces couples d'Iepiens décrivent des rencontres fortuites, des coups de foudres, mais ils se sont en fait rencontrés dans un lieu de vie où tous se ressemblent.

Pour ces milieux sociaux favorisés et éduqués, le lieu de rencontre par excellence est l’université. Et ce d’autant plus qu’elle est sélective. La plupart assument le petit air bourdieusien qui flotte sur Sciences Po.

Gabriel interprète son couple comme appartenant au modèle inverse. « Si Safa est née en Iran, je suis profondément Grenoblois. Elle est issue de l’ancienne bourgeoisie d’avant le Shah, alors que je viens d’un milieu modeste. Nous sommes vraiment différents, on n’aurait jamais pu se rencontrer sans l’IEP ». Il résume leur histoire comme celle d’un amour impossible. De prime abord. « Pas facile pour sa mère d’accepter que Safa épouse un blond aux yeux bleus et à l’église en plus ! Il a fallu des années avant qu’elle se fasse à cette idée. On a vécu notre amour plus ou moins cachés. Sa mère a refusé ma demande en mariage. Ce n’est que cinq ans après la fin de l’IEP, alors que Safa voulait un enfant, qu'elle s’est décidée à aller demander ma main à mon père. Et ainsi à faire accepter notre amour à ses parents ». Alors que tout les opposait, ils sont fiers de faire partie des couples qui ont tenu le coup !


Des enfants Iepiciens

Pour toutes ces « Sciences Paires », l'IEP reste l’un de leurs meilleurs souvenirs. Tellement présent que certains voudraient bien que leurs enfants marchent dans leur traces ! Pour Péguy, ce sentiment est évident. « J’ai lu quelque part que 80% des parents en France voudraient que leurs enfants fassent l’ENA. Moi, j’aimerais bien que mon fils fasse l’IEP. Sciences PO c’est le lieu idéal pour l’épanouissement intellectuel et il y a moins de formatage qu’à l’ENA ». Une remarque amusante... « Je sais bien que mon fils n’a qu’un an », ajoute-t-elle avec humour !

D'autres destins sont déjà en marche. Hugo, 16 ans, fils de Claire et Luc, semble se diriger vers la même voie que ses parents. « Il est en seconde, option SES. Il est intéressé par l’histoire mais ne veut pas être un étudiant spécialisé. Il adore toutes les discussions politiques que nous avons à table. Sciences Po c’est les études qui l’intéressent le plus et comme on continue à penser que c’est une excellente formation, on l’y encourage ».

Plus avancée, Laura Gueorgieva est élève en quatrième année de l’IEP de Grenoble. Sa mère et son ex-beau-père se sont rencontrés alors qu’ils étaient en doctorat et en master à Sciences Po Paris. « Dans ma famille, l’école était la référence suprême. A l’adolescence, j’ai fait une sorte de crise, je ne voulais pas marcher dans les pas de ma mère mais au fond j’ai toujours voulu faire ces études. J’ai donc passé les concours. La culture familiale, étrangère entre autres, m’a permit de les réussir. Au fond, j’ai peut-être été formatée », avoue-t-elle en riant. Culture familiale certainement. Reproduction sociale peut-être. Sciences Po, comme lieu de formation ou de rencontre, dispose bien de ce que l’on nomme à l’intérieur « un esprit d’école ». Christine a un avis tranché sur la question. « Je pense qu’à Sciences Po, on a une façon de voir les choses assez semblable. On vient plus ou moins du même milieu et on reste du même milieu. On a des avis divergents mais, avec notre culture générale, on est aussi armés l’un que l’autre pour en discuter. Et le débat, on aime ça ». C’est peut-être ça « l’esprit Sciences Po » qui permet à ces couples d’affronter les aléas du temps.

Léa LEJEUNE

Article paru dans notre magazine n°41 de décembre 2008

 

      

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