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« Directrice des ressources humaines »

 

Valérie NOEL (1998 PO)

1996 fut l’année de mon admission à l’IEP Grenoble, c’était il y a 20 ans déjà ! Le temps passe vite mais les fondamentaux de l’IEPdemeurent : l’esprit de synthèse tout en conservant la vision globale, la structure du propos et le souci du mot juste, la prise de parole en public alliant le fond et la forme. Finalement, le fameux grand oral résume à lui seul assez bien tous ces enseignements, tous ces fondamentaux qui me servent au quotidien dans ma vie professionnelle.

En entrant à l’IEP, je voulais être journaliste grand reporter. Mon expérience, parallèle aux conférences de l’IEP,au sein de Radio France Isère (sur le terrain de l’info tous les week-ends) m’a permis d’affiner mon projet professionnel : de l’humain, de la variété dans les sujets, de l’exposition (directs micro) oui, mais avec un contenu plus impactant dans la vie économique. Finalement, ce sont les cours de Ressources Humaines qui m’ont aiguillonnée. A l’issue de mes 2 années d’IEP, je me suis orientée vers un MasterDroit Social et Ressources Humaines. Je dois dire que c’est surtout mon stage de 6 mois chez Moulinex, au cœur historique de l’entreprise à Alençon, qui m’a donné à voir l’envergure de la fonction de DRH et notamment sa complexité sociale puisqu’ à cette époque, pour ceux qui étaient nés, Moulinex commençait à faire l’actualité sociale.

Et c’était parti pour ma carrière de DRH, cette 1ère expérience a finalement été annonciatrice de la tournure de mon expérience professionnelle : 8 ans DRH dans le transport routier au sein du très beau groupe européen de transport et de logistique frigorifiques STEF et de l’ex-transporteur GIRAUD International racheté par GEODIS : 2 expériences pleines de contrastes.

D’un côté un groupe européen en pleine expansion, en structuration, notamment en termes de process RH , et d’un autre côté la chute d’un groupe qui avait loupé le coche après son heure de gloire pour être repris par un fond d’investissement puis vendu. Dans les 2 cas, nous sommes dans un contexte de changement culturel fort et en matière de Ressources Humaines, cela se traduit par des actions de structuration /restructuration qui, si l’on veut qu’elles se passent bien, passent par un dialogue social accru avec toutes les franges de la population. C’est bien là que les enseignements de l’IEP sont activés pleinement : dans la prise de parole en public, en situation in extremis, avec obligation de convaincre par sa pédagogie, sa cohérence, sa clarté sans toutefois trop dévoiler car il faut conserver le sens stratégique. L’engagement personnel bien entendu emporte le tout !

Ces expériences m’ont permis de déployer une expertise en matière de relations sociales « musclés » dans des situations de « change management ». Ceci donne une certaine patine à ma carrière puisque finalement, on me sollicite pour déployer et boucler des dossiers sociaux « chauds ».

Ce fut cas avec Presstalis, anciennement NMPP, pendant 3 ans. Nous sommes là dans la distribution de la presse, réalisée par une entreprise dont le fondement repose sur un loi d’après-guerre, celle du droit pour chaque éditeur de presse, petit ou grand, pauvre ou riche, d’être distribué par une entreprise privée à financement public afin d’assurer la liberté de la presse. A l’époque de l’après-guerre, la main d’œuvre fut laissée au recrutement du Parti Communiste, on comprend donc mieux pourquoi 90% des ouvriers du Livre sont syndiqués à la GCT ! Mais aujourd’hui, les temps changent, les financements publics ne sont plus aussi prolixes et Presstalis avait besoin d’un DRH pour réduire ses effectifs. Ce fut donc ma mission sur le site de distribution central de la région parisienne qui devient le centre du petit monde parisien lorsqu’il est bloqué par ses salariés : l’Assemblée Nationale n’a plus son Figaro en pleine campagne électorale, les éditeurs et annonceurs risquent des millions si les publicités ne paraissent pas, le Ministère de la Culture (voire Matignon selon les cas)contacte en direct avec la PDG de Presstalis qui est elle-même en direct avec la DG et la DRH du site en question : le conflit social devient un conflit politico-économique, la négociation avec les salariés du site prend des proportions démesurées, nous sommes 30 autour de la table des négociations : 10 pour la Direction Générale du Groupe et 20 pour la GCT du Livre accompagnée des têtes pensantes de la CGT Montreuil.

Là aussi, il est inutile de préciser que l’IEP n’a pas seulement été fondateur dans ses enseignements de dialectiques et de tactiques mais aussi salvateur quant à mon affranchissement en matière d’enjeux stratégiques et politiques ! Cela aurait pu être un cas d’école.

Ma dernière expériencede 3 ans au sein du groupe G7, les taxis parisiens, n’est guère moins engageante mais elle s’inscrit dans un tempo plus moyen terme, toujours en mutation, avec la construction et la mise en place d’outils RH de développement dans une belle entreprise familiale mais encore artisanale sur la gestion de ses talents. Cette fois, G7 s’inscrit dans un contexte très concurrentiel : Uber avec l’internationalisation de la concurrence et surtout le choc des cultures entre la société familiale monopoliste franco-française contre la start-up américaine hyper agile à l’expansion internationale tentaculaire. Toute la subtilité de la fonction RH réside donc dans la capacité à continuer d’attirer des talents face aux sirènes américaines. Là c’est de créativité et de constance dont il faut faire preuve sans cesse.

Aujourd’hui, je suis à la moitié de ma vie professionnelle. Elle s’oriente résolument vers l’internationale. Chaque jour, je me félicite du choix d’avoir suivi l’enseignement de l’IEP, il est sans cesse actif. Je l’ai complété en 2014 par un Advanced Management Program qui, 20 ans après, a fait un écho à mon enseignement initial. Je me sens agile et équipée pour appréhender les changements permanents de mon environnement professionnel, c’est en grande partiegrâce à l’IEP.

L’IEP enseigne que le monde, notamment celui de l’entreprise, est en mouvement permanent, j’ai donc appris à m’adapter aux changements. Les carrières linéaires dans une seule fonction et une seule société ne me semblent plus être la norme, aujourd’hui, seul un groupe de dimension internationale peut proposer des évolutions de postes tous les 3/4 ans. A défaut, à chacun de veiller à continuer de se challenger pour acquérir sans cesse de nouvelles compétences ou de relever de nouveaux défis, bref, de sortir de sa zone de confort. C’est chaque fois une aventure humaine très forte.

Valérie NOEL
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27/10/2016

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