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  « Une vie en plus »

 

Depuis un an, Patrice Vacher (Promo 91 EPS) a quitté sa carrière professionnelle française bien rôdée, pour vivre une vie inattendue, qu’il appelle une « vie en plus », à Marrakech, en pleine médina moyen-âgeuse.

Le voyage, et l’envie de vivre à l’étranger, a toujours fait partie de lui. Enfant, il passait l’été avec ses parents professeurs d’anglais chez leurs amis du Sussex. Plus tard, il a financé ses études de l’IEPG comme guide de voyages organisés, principalement pour Prague, quand la Tchécoslovaquie d’alors s’ouvrait au monde et changeait de monnaie trois fois en cinq ans.

Cette expérience en agence de voyages lui a d’ailleurs donné le thème de son mémoire de Sciences politiques (section EPS), sur les valeurs du tourisme en statut associatif, son employeur relevant de l’éducation populaire, face à un secteur devenu très concurrentiel.

Suit une carrière classique, liée à la gestion de l’emploi : reçu au concours de l’ANPE en 1993, il est chargé de relations entreprises, prospectant les employeurs pour les convaincre du professionnalisme de cet organisme public. Le tourisme n’était pas loin cependant, l’un des projets phares étant de créer des Forums pour l’emploi saisonnier pour les stations de ski de l’Isère.

En 1998, Patrice laisse l’ANPE pour son principal « client » d’alors, la Sémitag (transports urbains de Grenoble) dont il devient responsable du service emploi. Pendant dix ans, il apprend toutes les facettes du métier de recruteur et gestionnaire de carrières, dans l’une de ces grandes entreprises semi-publiques bien françaises au dialogue social rude et au droit social rigoureux, avec pour mission de réussir une gestion de ressources humaines efficace mais aussi impartiale car soumise au feu de toutes les attentions et des critiques. Il retient que le métier de recruteur a un aspect ingrat : satisfaire un candidat c’est en décevoir vingt ou cent. Avec son équipe, il recrute un millier de salariés et produit 20 000 lettres de refus, 500 personnes par an défendant leur candidature dans son bureau. Il déclare avoir connu une immense chance de pouvoir travailler en ressources humaines dans un contexte sans plan social, dans un secteur d’utilité publique en plein essor, aux frontières du commercial, de l’urbanisme et de la politique locale.

Après 10 ans de recrutement sur l’agglomération grenobloise, il prend les fonctions de directeur de la Mission Locale de Grenoble début 2008, un challenge intense avec l’explosion du chômage des jeunes et la raréfaction des offres d’emploi peu qualifiées. Son équipe de 35 personnes se mobilise pour inverser une sélectivité farouche du marché du travail, auprès de 4500 jeunes peu qualifiés. Cette période est pour lui une véritable mission et un engagement de chaque instant : s’arrêter d’agir ou d’innover, pour un manager de l’insertion professionnelle, c’est faire tomber ses « clients » dans cette « fracture sociale » de plus en plus béante.

Pour décompresser, son jardin secret reste les voyages à travers le monde, « grâce aux multiples RTT bien françaises », et de plus en plus vers des pays de culture musulmane, si proche et à laquelle il est confronté dans ses métiers. En 2007 il achète un Riad au cœur de la médina de Marrakech comme maison de vacances.

A l’été 2010, les émeutes dramatiques du quartier de Villeneuve suivies du « Discours de Grenoble » de N. Sarkozy accélèrent sa prise de conscience sur la particularité de diriger une association chargée de l’insertion professionnelle des jeunes : son métier (un quart des jeunes en accompagnement habite la Villeneuve) prend une tournure résolument militante et politique, plus que technique, ce qu’il n’avait pas choisi. Un retour aux RH l’inspire peu en période de crise économique. Il décide donc qu’il est temps de créer sa propre voie, son entreprise, et réaliser son vieux rêve d’expatriation : le Maroc est tout désigné, et la transformation du Riad de vacances en SARL à vocation touristique s’impose comme une évidence. D’autres confrères en RH se recyclent aussi également ces années-là, même en boulangerie ou en fromagerie !

Depuis un an, donc, redevenu bilingue en anglais, il accueille en majorité des touristes anglophones, de Singapour au Brésil, et pour la première fois Patrice connait la reconnaissance immédiate des clients, une attitude totalement inconnue en gestion des ressources humaines !

La puissance du webmarketing lui permet d’être vite intégré à l’offre touristique locale en investissant une niche délaissée, le « riad low cost » : décoration simple et authentique, charges réduites au minimum malgré un standard international de confort intransigeant. Le Riad Dar Tiflet (clin d’œil à la gastronomie alpine) séduit une clientèle d’explorateurs et de familles, et ses objectifs commerciaux sont dépassés après 6 mois d’exploitation, loin des riads de luxe en crise depuis que les clients fortunés se détournent d’une destination victime d’un attentat et d’une instabilité sociale forte. Sa clientèle, au contraire, est avide de contacts avec une culture qui fait l’actualité, par exemple des Américains en quête de compréhension du monde arabe et musulman, maintenant que leurs troupes se retirent d’Irak et d’Afghanistan : vu des USA, quel meilleur poste d’observation que le Maroc préservé et hospitalier ? Un hôte français rassure aussi sa clientèle, à qui on ose poser toutes les questions sur ce monde étrange, que ce soit sur la condition féminine ou la difficulté de créer les bases d’une culture démocratique avec un peuple majoritairement analphabète. Ses clients sont vite devenus une communauté avec qui il reste en contact bien après leur séjour, par les réseaux sociaux, et partage photos et actualités.

A travers ce riad, et désormais un deuxième, le succès se confirmant, Patrice essaye ainsi de participer à une médiation entre deux mondes, et ne conçoit pas son nouveau métier comme de l’hôtellerie classique. Pour ne pas rester dans une vision réductrice d’un Maroc millénaire, il exerce aussi comme consultant auprès de divers organismes, assure la mise en place d’un guichet d’accompagnement à la création d’entreprises pour les jeunes Marocains, et intervient auprès de l’Institut Français et d’une école de gestion auprès d’un public soucieux de maîtriser le « français des affaires » dans leur poste souvent issu de la mondialisation, comme les centres d’appels ou des usines délocalisées. Ironie de l’histoire, après avoir lutté contre le chômage en France, il participe à la professionnalisation de l’emploi délocalisé !

Aussi, si cette nouvelle vie semble étrangère au parcours professionnel français, elle est en fait une « vie en plus » comme il aime à le décrire, qui synthétise et rassemble ce qui le motive. Comme tous les expatriés, il dit penser au retour en France, un jour, mais notre vieille nation lui parait aujourd’hui « fade et anxiogène », depuis cet univers marrakchi pétillant de vie, entreprenant et toujours optimiste, quoi qu’il arrive !

Patrice Vacher
dartiflet@gmail.com
http://www.dartiflet.com/

07/03/12

      

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