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Mathis Druelle, gagnant du concours d’éloquence Quintilien

 

  

Ce samedi 6 avril 2019 avait lieu la finale de la 4ème édition du concours d’éloquence Quintilien au théâtre municipal de Grenoble.
Parmi les six finalistes de ce concours, deux étudiants de Sciences Po Grenoble Célie Caraty et Mathis Druelle, étaient présents.
Toutes nos félicitations à Mathis Druelle, grand gagnant du concours !

Les membres du jury de ce concours :
M. Eric Piolle ; M. Jean-Charles Colas-Roy ; Mme. Claire Gadat ; M.Eric Saint-Aman ; M.Sébastien Milleville

  

  

Mathis Druelle - Son discours lors de la finale

« Les riches c’est fait pour être très riche et les pauvres très pauvres » Gérard Oury

Les riches c’est fait pour être très riche, les pauvres très pauvres et les molos trémolos dans la voix. Riches ou pauvres, tous les mêmes, toujours trop extrêmes, les uns faisant tressaillir, trébucher, trépasser les autres. Nous, les riches, imposons des traumas cracras aux crasseux croqués miséreux craignant ce traitement trompeur craché à leur tête troublé par notre troupe de troikas trouble-fêtes triés sur le volet. Cela ne pourrait être que des mots excessifs, mais nous savons tous que ces paroles reflètent une réalité plus exagérée encore, le stade final de l’hyperbole.

Le monde est ainsi, pour survivre, il faut être du bon côté et enfoncer son pied dans la jugulaire de celui qu’on veut maintenir de l’autre côté du spectre. La vie est une grande course, alors à vos marques, prêt, souffrez ! Joyeux Hunger Games, et puisse le sort vous être favorable. Vous devez choisir entre tuer et être tué. Dis-moi qui tu tues et je te dirais qui tu es. Cela ne te dérange pas si je te tue toi ? Il ne faudrait pas que tu le prennes mal ; si je te coupe les vivre, si je t’appauvris, si je t’affame, c’est que je me dois d’être très riche pour exister. Ton sacrifice n’est pas vain, puisqu’il change mon eau en vin. Pour rejoindre le club des cents, il faut bien en avoir sur les mains.

Qu’est-ce que tu veux, à me regarder avec tes yeux de harengs frits ? C’est le jeu, je ne fais qu’en suivre les règles. On ne va pas en faire tout un livre de la jungle qui t’impose sa loi. Tout au plus en feras-tu un film de cette folie des grandeurs qui semble t’annoncer un destin De Funèste. Le monde est une gigantesque cour de récré dans laquelle ceux qui font la loi sont ceux qui tapent le plus fort, et c’est nous. Mais il ne faudrait pas nous en vouloir, si on te tape tape tape, c’est parce que c’est notre façon de t’aimer, notre façon d’exister. Il n’y a pas le choix, c’est comme cela que les choses sont, et c’est pour le mieux. Souviens-toi comment c’était avant, tu veux vraiment retourner au Moyen Âge ? Alors arrête de nous détester, nous, les très riches, si on rend les autres très pauvres, c’est parce qu’on n’a pas le choix. On a tenté de faire autrement, ça n’a pas marché. Il n’y a pas d’autre solution, il n’y a pas d’alternative ! Voilà. Ça, c’est le discours de ceux qui nous dirigent, de ceux qui nous dominent, de ceux qui nous asservissent. Au grand jeu de l’excès, ceux qui gagnent sont toujours les mêmes. Ce sont ceux qui pour accroître leurs intérêts personnels et leur richesse individuelle, sont prêts à collectivement nous soumettre. Car les très riches ont besoin des très pauvres pour exister. Les très puissants asphyxient toujours les très démunis, les très grands cassent la figure aux très petits et les très forts prennent leur gouter aux très faibles.

Apparemment, le système auquel on répond est une solution optimale, il rend même la misère moins pénible en l’envoyant au Soleil outre Méditerranée, assez loin pour qu’on ne puisse voir cette misère qu’ils sont nombreux à exploiter. Pour quelques milliers d’euros, ils font travailler des enfants, des femmes, des hommes dans des conditions inhumaines. Pour quelques millions, ils financent la guerre, la torture, l’esclavagisme. Et pour quelques milliards ils fixent une date de péremption pour notre planète. Il ne faudrait pas leur en vouloir, apparemment on ferait tous pareil à leur place. Il faut les comprendre, ils ont très peur de devenir pauvres eux-aussi, ils ne voudraient pas être exploités par des gens comme eux. De toute façon, c’est leur rôle de riches de rester très riches en maintenant les pauvres très pauvres. De toute façon, c’est notre rôle d’occidentaux bien lotis de ne rien dire.

Non mais regardez-moi. Pauvre petit bonhomme, qui a eu le malheur de naître en France, dans un milieu social aisé. Qui est tellement défavorisé et exploité par le système qu’il fait des études qui lui plaisent et qui le mettront à l’abri toute sa vie. Non mais regarde-toi. Pauvre petit occidental outré le temps d’un discours par la façon dont les grands de ce monde traitent les petits que nous ne sommes pas. A quoi bon s’indigner quand on a le ventre plein ? A quoi bon s’indigner quand ça nous arrange de pouvoir acheter des T-shirts à cinq euros chez H&M ? A quoi bon s’indigner quand on ne se sent pas concernés et qu’on profite malgré nous des très pauvres ?

Eh bien cela ne sert pas à grand-chose. Cela ne nous rend pas plus riches, cela ne les rend pas moins pauvres. Alors oublie la révolution et laisse place à l’âge de raison. Parce que la vraie richesse, celle qui rend très riche, elle n’est pas pécuniaire. La vraie richesse, c’est juste avoir la chance de pouvoir s’indigner le temps d’un discours à coup de grande phrase vide sur les riches, les très riches, les pauvres, les très pauvres puis retourner aux petits plaisirs de la vie juste après. La richesse, c’est le tableau pastel que les tâches azurs de tes yeux forment au milieu de ton visage rose. La richesse, c’est s’emmener au vent, s’emmener au-dessus des gens. C’est demander au blizzard s’il nous entend, et lui dire que s’il nous entend eh bah il peut aller se faire ohlala. La richesse, ce sont tous ces instants capturés entre nos doigts entremêlés. Tous ces instants qui rendent le reste pauvre, très pauvre. Et moi, face à toi, je suis pris d’une ivresse niaise, et cela ne fait pas de moi un riche non, cela fait de moi un trémolo dans la voix.

 

 

 

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