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« le jour après un départ à la retraite »

 

 
Christian FONTANILLES (1991 EPS)

Dernièrement, je me suis enfin décidé à mettre à jour mon profil sur le site des anciens diplômés de l’IEPG. Aujourd’hui retraité, il convenait d’effacer toutes références à mon ancien monde, pour afficher mon nouveau statut « d’inactif ».

Probablement pour modérer la perception négative du qualificatif d’inactif j’ai rajouté au chapitre fonction : « épisodiquement Commissaire Enquêteur pour le département de la Haute Savoie ».

C’est probablement cette précision qui a attiré l’attention de Stéphane Pusateri. En effet moins d’une heure après la mise à jour de mon profil, je recevais un message de notre vice-président, me sollicitant pour écrire un article dans la lettre mensuelle, sur le thème « le jour après un départ à la retraite ».

Ma première réaction fut de m’interroger sur l’intérêt de raconter une vie de retraité alors que l’actualité faisant, cette situation est présentée et commentée dans les médias quasi quotidiennement ?

Avant de donner réponse, j’ai fait des recherches internet, sur le terme « le jour d’après … ».

Que trouve-t-on à cette rubrique ?

• Le « Jour d'après » : film catastrophe de 2004 réalisé par Roland Emmerich. Le synopsis du film nous apprend que « …. Le héros évoque l'arrivée d'un autre âge …., mais n'avait jamais pensé que cela se produirait de son vivant » ???? ;
• « The Day After (Geu-hu, 그후) » : film dramatique sud-coréen écrit et réalisé par Hong Sang-soo, palme d’Or au festival de Cannes 2017. La présentation du film nous prévient que « Le Jour d’après amène vers un territoire plus personnel et tourmenté dans lequel la tendresse a laissé place au sourd désespoir … » !!!! ;
• « Le jour d’après » chanson de Chimène Badi dont les paroles sont « On portera nos regrets. Si nous survivons peut-être …. » ??!!.

Ma seconde interrogation concerna mes états psychologique et émotionnel pour ne pas partager la sensibilité de ces artistes !

Je devais réagir afin de ne pas laisser croire ou penser que « le jour d’après un départ à la retraite » soit une plongée dans le sombre et le défaitisme, mais au contraire une simple étape dans un parcours de vie. J’ai donc décidé de répondre favorablement à la demande de Stéphane.

Pour raconter la vie après ce jour très particulier, je dois commencer par décrire rapidement ce que furent mes jours d’avant.

Les jours d’avant ont commencé, pour moi, dans une ville ou « même les mémés aiment la castagne » (Claude Nougaro) et à une époque où il n’y avait pas encore de questionnement sur le gavage des oies et des canards.

Entré très tôt dans la vie active via une filière de formation aujourd’hui disparue, celle des « écoles de métiers » dispensée par les grandes entreprises françaises, j’ai participé avec passion et conviction, à la construction d’ouvrage de production d’électricité. Nous étions à un moment de notre histoire où " En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées " pour assurer l’indépendance énergétique de la nation !

De formation strictement technique, j’ai exercé une activité professionnelle en qualité de technicien, dans un domaine naissant à cette époque : l’informatique industrielle. Cette activité consistait à programmer des calculateurs et automates programmables appelés à remplacer l’homme pour conduire et contrôler un processus industriel. Je n’imaginai pas alors toutes les conséquences que cette nouvelle technologie allait entrainer sur les organisations du travail, le nombre et la qualification des emplois !

Désireux d’ouvrir mon horizon vers un monde plus humanisé, c’est à l’âge de 34 ans, que j’ai postulé et ai été admis à intégrer l’IEPG.

Heureux et fier d’avoir réussi cette ouverture, qui m’apparaissait comme une utopie le jour d’avant, j’ai fait mienne, le jour d’après, de la citation de Mark Twain « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ».

De ces trois années de formation à l’Institut j’en éprouve, encore aujourd’hui, beaucoup d’émotion quant à l’enrichissement personnel que j’en ai retiré. Ma compréhension et mon implication dans la vie de la société ont été considérablement accrues. Mon approche du sens de la vie s’en est trouvée modifié et enrichi.

Merci à Mme Danièle Demoustier et à bien d’autres personnes, enseignants et autres, de l’IEP, de m’avoir fait confiance et donner cette chance. Merci à mon épouse pour son soutien indéfectible.

Sur le plan professionnel, ne voulant pas oublier mon passé de technicien, j’ai toujours cherché à orienter ma carrière vers des activités faisant cohabiter des compétences techniques et mes acquis de l’IEP. Cette volonté s’est traduite par des choix de métiers tournés vers la conduite de projets mettant en jeu des aspects techniques et humains. Les projets de développement et déploiement de « gros » systèmes d’informations style ERP (Enterprise Resource Planning), EAM (Enterprise Asset Management), PLM (Product Lifecycle Management) font notamment appel à cette double compétence.

Après une longue carrière passée au sein d’une même entreprise, et quelques déménagements qui ont amenés notre famille à découvrir sur le terrain, la gastronomie française passant du cassoulet de ma jeunesse, aux quenelles, à la fondue, à la quiche, à la rosette puis en fin de carrière à la baguette parisienne, me voilà arrivé à l’âge de 62,5 ans, à devoir me sédentariser au pays du reblochon et vivre une vie d’inactif que je souhaitais … active.

Voici donc arrivé le jour J ouvrant toute grande la porte vers la grande illusion et le grand chambardement. Comme l’illustre le dessin ci-après, trois voies sont alors possibles :



(Petit guide de la retraite heureuse : Marie-Paule Dessaint © Groupe Eyrolles, 2005, ISBN 2-7081-3581-3)

• Première voie celle de la « catastrophe » : pour cela il m’aurait suffi d’aller au cinéma et bien choisir ma discographie (voir et écouter entre autres les films et chanson cités ci-dessus), de regarder toute la journée les chaines TV d’actualités, ou de suivre assidument les tweets d’un certain « grand » dirigeant de ce monde…
• Deuxième voie celle du « garage » : tout nouveau retraité commence par un temps de repos. Tout comme le conducteur à qui il est conseillé un « stop » après deux heures de conduite intensive … le passage au garage permet au nouveau retraité de se reposer, mais … ce temps-là ne doit pas s’éterniser ;
• Troisième voie celle de la « réflexion » : c’est le chemin que le retraité doit emprunter pour bénéficier pleinement et faire bon usage des deux cadeaux qui lui sont offerts lors de son départ : la disponibilité et le choix.

Ayant emprunté, il y a 32 ans de cela, la troisième voie pour intégrer l’IEPG, c’est celle-ci qui naturellement a eu ma préférence pour le jour d’après…

La disponibilité se mesure en unité de temps que j’ai réparti entre les temps consacrés à soi, à nos proches aïeuls et enfants, et aux autres.

Le temps pour soi est celui où l’on fait des « choses » que nous n’avions pas osé ou pu faire les jours d’avant. En ce qui nous concerne, mon épouse et moi, ce temps-là nous l’avons consacré, pour partie et dans un premier temps, à la rénovation d’un logement devenu aujourd’hui notre résidence principale. Nous avons appris et réalisé, parfois avec la maladresse du débutant et de l’amateur, des travaux relevant des métiers du bâtiment. Nous en tirons aujourd’hui une vraie fierté pour « l’œuvre » réalisée et par la découverte de toute l’intelligence qu’il faut pour faire un métier manuel. Nous qui tout au long de notre vie active, avions utilisé nos mains qu’aux seules tenue de stylo et frappe sur un clavier, en avons tiré une belle leçon.

Mais le temps pour soi est également celui du loisir : randonnées, voyages, visites culturelles, amis etc. C’est principalement à ce temps-là, que nous rêvons le jour d’avant.

Le jour d’après … est également le jour où nous donnons plus de temps aux enfants petits et grands, et aux aïeuls vieillissants. Ce temps-là se partage entre grandes joies et moments plus douloureux. Le jour d’avant nous aurions eu de la difficulté à évaluer le nombre d’unité de temps à y consacrer. Pour nous ce temps a été et reste toujours prégnant, mais il se révèle très valorisant par les joies que nous recevons et celles que nous apportons.

Pour compléter l’agenda de « ministre » de tout retraité, reste à trouver l’occupation qui va vous rendre encore un peu actif et occuper vos derniers créneaux de temps libre ; ceux réservés aux autres. Pour cela je me suis orienté vers des missions de Commissaire à réaliser dans le cadre d’enquêtes publiques.

Si par le passé, mon activité consistait essentiellement à concevoir, présenter et mettre en œuvre des solutions à des problèmes au travers de projets, aujourd’hui, ma mission est l’écoute des réactions du public sur un projet proposé par un tiers. Je suis donc passé de l’autre côté de la barrière avec la nécessité de réactiver mes neurones pour lire et comprendre les codes de l’environnement, de l’urbanisme et rural. Un nouveau monde à découvrir pour moi.

Cette activité, au-delà de l’utilité que j’éprouve en faisant vivre une forme de démocratie participative, me donne l’occasion de rencontrer, d’échanger et de dialoguer, selon le sujet de l’enquête, avec des personnes issues de divers horizons sociaux et professionnels. Je me rends compte aujourd’hui que mon activité professionnelle d’hier, mon manque de temps et mes centres d’intérêt d’alors, m’avaient isolé dans une couche sociale singulière.

Les activités nouvelles dans lesquelles je me suis engagé, sont sources d’un élargissement de ma perception du sens de la vie, d’un enrichissement personnel et d’un approfondissement de ma conscience du monde qui nous entoure.

L’autre cadeau de la retraite est celui du choix.
• Choix de prendre le métro, ou de tous autres moyens de transport, pour aller vers la destination de nos envies, le jour et au moment de notre choix ;
• Choix du boulot, c’est à dire de s’engager dans des activités nouvelles et apprenantes, au rythme qui nous convient ;
• Choix enfin du dodo, ou de toutes autres détentes, quand nous en ressentons l’envie ou le besoin.

Dans « Le petit guide de la retraite heureuse » (Edition Eyrolle) Marie-Paule Dessaint définit la retraite comme étant la période où « Tout est chamboulé et, souvent, rien ne se passe comme on l’a rêvé́ » ;
• Très certainement ma vie en fut « chamboulée » mais en bien pour moi qui souhaitait profiter dela retraite pour continuer à apprendre et à découvrir ;
• Si « … Rien ne se passe comme on l’a rêvé » : je constate toutefois que la retraite permet de donner vie à certains de nos rêves en raison de la liberté de temps et d’esprit dont nous disposons pour les préparer !

Je reprends également le découpage en trois temps d’une vie pleine et entière, fait par Daniel Alaphilippe, Kamel Gana et Nathalie Bailly dans l’article intitulé « Le passage à la retraite : craintes et espoirs » (revue Connexions 2001/2 n°76) :
1. « Un temps de formation qui couvre l’enfance et l’adolescence. Ce temps est celui des apprentissages scolaires et professionnels.
2. Le deuxième temps est caractérisé par la reproduction familiale et la production économique.
3. Le troisième temps est celui qui s’ouvre avec le passage à la retraite. Cette période est marquée par le retrait de la vie productive, des pratiques de consommation spécifiques associées à des activités sociales non marchandes ».

Que pourrais-je ajouter à une telle synthèse si ce n’est vous avoir convaincu qu’il existe une vie après un départ à la retraite. Cette vie peut-être un renouveau ou tout simplement la continuité d’une vie belle tant que nos capacités physiques, intellectuelles et cognitives nous le permettent.

Je souhaite à chacune et chacun de pouvoir vivre cette période de la vie qu’est la retraite, dans des conditions matérielles et de santé qui lui permettent d’en jouir pleinement et de se rendre actif pour votre propre bien et celui des autres.


Christian FONTANILLES
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11/02/2020

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