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« Un Grenoblois sur le toit du monde »

 

Le 20 mai, Jacques PUYO (IEP 1985 EF), manager chez HP, a atteint le sommet de l’Everest à l’issue d’une expédition de sept semaines. Une performance qui reste marquante pour celui qui a énuméré les Français sur le toit du monde : « Je dois être le 98 e ». À en être revenu s’entend…

« J’ai 51 ans et autant d’années de montagne ». Il a 51 ans, l’âge où certains rangent leurs rêves au placard. Il aurait pu se contenter du classique Kilimandjaro comme référence ultime _ « on avait laissé le guide seul à 5 200 m, il avait abusé de la marijuana la veille… »_ ou poursuivre ses voyages au long cours, lui le “voileux” parisien auteur de deux traversées de l’Atlantique. Il aurait pu aussi se contenter de sa pratique alpine soutenue ou de ses multiples séjours à l’étranger pour son entreprise, dix ans en Asie, deux au Texas, 35 étapes en Chine…

Seulement, il a eu « une envie, une pulsion, née après un trek au Népal il y a deux ans : essayer de faire l’Everest en toute humilité ».

6 morts le jour de son ascension victorieuse… L’humilité de la très haute altitude, l’humilité d’une zone “inhumaine”, où l’oxygène se fait aussi rare qu’une ascension himalayenne sans bakchich.

« J’ai donc rejoint un chef d’expé au printemps », pour une tentative de la face nord côté tibétain (ou chinois selon la diplomatie géographique…) Budget : 35000€, dont un petit tiers pour la seule licence à payer à l’État chinois. Une somme pour aller tutoyer l’innommable chemin de croix himalayen qui, passé le camp 3 (8300m), est jonché de corps sans vie que personne ne ramènera jamais plus bas, victimes d’une chimère, d’une chute, d’un froid inqualifiable ; « le jour où j’ai réussi le sommet, cinq alpinistes sont morts, dont deux que j’avais croisés en route ». « Au sommet, rien ne donne envie d’y rester »En route, à savoir sur l’ultime journée d’ascension, D-day de 20 heures de marche, en quête d’exploit comme de lucidité quand bien même les capacités diminuent à mesure que s’approche le ciel du monde des terriens. « Et cette fenêtre météo, on l’a attendue 20 jours au camp de base avancé ! » Vingt jours à lire, jouer aux cartes et regarder le vent balayer les crêtes et envelopper la cime d’un éternel nuage thermique. Jusqu’au jour où.

« En fait, comme il y a des cordes fixes jusqu’en haut, c’est comme une immense via ferrata, pas besoin de chercher le chemin ! Mais, une fois arrivé, on se sent d’abord à crédit. Rien ne donne envie d’y rester et je n’avais qu’une idée en tête : il faut se sauver. Car la descente reste l’étape la plus délicate, j’ai l’impression qu’on y est tous des zombies. En cinq heures jusqu’au camp 3, j’ai vu une douzaine de cadavres. Ici, on sait que quoiqu’il nous arrive, on ne viendra pas nous chercher. C’est une zone de mort ». « En fait, si l’on est très bien entraîné, si l’on s’acclimate, si, si, si… eh bien ce n’est pas si difficile. Je suis juste content de l’avoir fait. Mais on mesure son ampleur par les réactions de l’entourage au retour plus que par la somme de ce que l’on vit sur une si longue période ».

Dans son sillage, son sherpa, 32 ans, bouclait, lui, sa 10 e ascension.

 

Avec l'aimable autorisation du Dauphiné Libéré - Jean-Benoît VIGNY
13/07/2012


Dans son bureau de HP à Eybens, Jacques Puyo a gardé quelques drapeaux tibétains et une photo du camp de base sous l’Everest, où il a attendu 20 jours la fenêtre météo. Avant l’exploit.

Suivre pas à pas son ascension : http://www.summitclimb.com...

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