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Amendine DUC - POL 2004

J’ai rêvé de faire Sciences-Po. Pendant plusieurs années j’ai travaillé à m’en fatiguer les yeux. Au lycée, pour réussir le concours et ensuite dans les bibliothèques pour obtenir mon diplôme, mon sésame.

Pourtant, rien ne me prédestinait à réussir ce beau concours pour amorcer un parcours universitaire passionnant et prometteur.

J’ai grandi dans une famille savoyarde toute simple aux racines bien inscrites depuis plus 500 ans dans un village de Haute Tarentaise. Une terre aride, exigeante mais aussi généreuse et vivante. Dans une famille qui ressemble à cette Terre. Avec une passion pour la politique et pour l’Histoire communiquée très rapidement. Séances du conseil municipal, réunions partisanes, premières joutes verbales, France Info au petit dej, colloques, fanfare au monument aux morts et remises de médailles m’ont donné l’envie de participer à la vie de la Cité. Pourtant je l’ai réalisé bien plus tard. Au début de la seconde, j’ai farfouillé dans le CDI-Centre de documentation qui ne documentait pourtant pas beaucoup, de mon lycée à la recherche de la meilleure formation universitaire. J’avais un critère dominant pour faire ce choix, je vous le confesse ici pour la première fois : pas de mathématiques dans la sélection ni dans le cursus ! Des années de grands chiffres et de petites notes m’avaient convaincues de mon faible talent dans cette matière. Tombant par inadvertance sur la fiche des IEP, c’est la révélation : tout y est avec le luxe suprême, pas de mathématiques ! Politique, histoire, économie, culture générale, je me reconnais immédiatement dans cette fiche que j’ai photocopiée et gardée précieusement. Il arrive rarement dans une vie d’avoir la certitude de prendre le bon chemin mais c’est un moment précieux. J’ai pourtant eu un moment de doute quand j’ai été acceptée dans une école de commerce qui était présentée comme la voie royale pour « réussir sa vie ». Je dois à Hervé Gaymard, fier savoyard aussi, de m’avoir convaincue de suivre mon intuition. Je lui dois aussi tant d’autres choses dans la construction de mon parcours que l’on peut le qualifier de mentor même si je sais qu’il est bien trop modeste pour l’accepter.

En 1999, mon bac en poche je tente le concours en ne choisissant que Grenoble. Je le rate à une poussière. Mon petit monde s’effondre. J’ai définitivement appris l’humilité ce jour-là et j’ai entamé avec bonheur des études de psychologie, poursuivies en parallèle de l’IEP. Car je réussis le concours au deuxième essai en septembre 2000. Chez une copine, pelotonnées autour du Minitel, je tape les codes infinis, entends les bruits de connexion et lis uniquement « Acceptée ». De battre mon cœur s’est arrêté. Littéralement. J’ai repensé à toutes les femmes de la famille qui n’ont pas eu droit aux études, à l’échec 365 jours plus tôt, aux heures de travail sur les trois livres à la sortie de mes boulots d’été, aux heures en bibliothèque toute l’année et j’ai juste savouré ce pur moment de bonheur. Je sais combien cette phrase peut sembler midinette mais elle est si vraie !

Après plusieurs mois à l’IEP, ma passion pour la politique a été renforcée quand j’ai réalisé que je pouvais la conjuguer avec mon amour du lointain ! Ce fut donc une spécialisation en Relations internationales et géopolitique. Une année merveilleuse à l’Université de Montréal et un mémoire sur la géopolitique de l’eau dans le séminaire du brillant Jean-William Dereymez plus tard me convainquent de mes choix.

Puis la cérémonie de remise des diplômes est mon dernier contact avec l’IEP, elle est touchante, mes parents sont là, mon frère et ma sœur aussi. Quand je revois cette photo, je ne peux m’empêcher d’avoir les yeux qui brillent.

En 2004, je décide donc de « partir pour la capitale » et de boucler deux Masters 2 internationaux en posant les premières pierres de ma carrière professionnelle. J’ai la chance de la débuter aux côtés de Michel Barnier, alors exigeant Ministre des Affaires étrangères en pleine campagne pour le referendum sur la Constitution -qui n’en est pas une- européenne. Une défaite et une nouvelle leçon d’humilité plus tard, je poursuis pour quelques mois au sein du Quai d’Orsay puis à Suez Environnement et au Cabinet du Premier Ministre en travaillant sur les enjeux de l’eau dans la géopolitique et la diplomatie. A l’heure de la fin du règne de Jacques Chirac, je choisis de consacrer quelques mois à l’exercice démocratique ultime : le Parlement. Heures passionnantes : « mon » premier discours prononcé, mes premiers mots au service de la vision de « mes » députés, les rapports budgétaires, les questions au Gouvernement. Heures riches : les visites pour des cars entiers de citoyens de la circonscription, les 30 billets de séances à trouver en 5 jours, les déjeuners avec des experts, les auditions parlementaires, les discussions sans fin sur nos visions différentes de tel ou tel sujet de société.

Le 18 mars 2008, heures exceptionnelles, aussi : dans le métro, j’apprends que « mon » député devient Ministre. J’apprends donc que notre vie va changer pour se poursuivre…au Ministère des Affaires étrangères en charge du soutien aux pays les plus pauvres. Nous nous retrouvons dans son grand bureau, c’est son premier poste, je suis son seul point stable pour quelques heures. Avant le tourbillon des 28 mois de son exercice. Pendant 28 mois, dans mon portefeuille, l’eau sera bien présente mais s’enrichira d’enjeux tout aussi importants comme l’égalité femmes/hommes, la santé, l’agriculture ou encore les négociations européennes. Nous avons travaillé beaucoup pour faire bouger les lignes de quelques centimètres, au service de populations en difficulté. 28 mois que je ne peux décrire à personne tellement nous avons vécu vite. Grandi vite aussi. J’ai commencé à 26 ans, benjamine du Cabinet, benjamine de toutes les réunions pour finalement acquérir une confiance suffisante pour incarner la Conseillère d’un Ministre. 28 mois de confiance, de petits et grands bonheurs mais aussi de stress, d’humiliations, de trahisons. 28 mois avec des gens passionnés et passionnants. Avec les copains du Cabinet, on se créé une bulle de vie. On se tient chaud comme les empereurs manchots que nous sommes, on cherche l’air pour survivre dans ce monde où les heures s’alignent, où les coups de fil tombent à n’importe quelle heure. Où la pression de chaque remaniement laisse planer la peur de rencontrer finalement Monsieur Paul Emploi. J’étais loin de me douter que notre fin collective interviendrait tel un vaudeville et que j’en prendrais connaissance dans une chambre d’hôtel londonienne. Ironie du sort, sur TV5, la chaine que nous avons tout fait pour sauvegarder dans les arbitrages. A cette heure où tout s’effondre, personne ne s’inquiète pour nous, confiants dans notre capacité à rebondir. A cette heure, je me demande si je pourrai répondre aux enjeux du vrai monde professionnel et transformer l’essai.

Il sera finalement transformé fin 2010. Après une réflexion poussée sur mes envies, la force et la relativité des choix. Après 150 jours délicieusement consacrés à dormir, rêver, écouter, rencontrer, renouveler les énergies, sur les –excellents- conseils d’un compagnon de galère qui avait traversé 1997. L’Unicef en France ouvre alors un nouveau poste magnifique où je suis chargée de convaincre les pouvoirs publics français de poursuivre et enrichir leur confiance en cette organisation internationale si connue et pourtant méconnue. Je deviens le numéro 10 de l’Unicef politique! Je n’ai pas hésité une seconde malgré les belles propositions du secteur privé. Aux côtés d’un Président à l’œil rieur et à l’intelligence vive, je construis cette relation avec plus de 10 ministères et toutes les Commissions parlementaires. Aux côtés ensuite d’une Présidente, ancienne Ministre avec qui nous avons de l’ambition, avec qui nous nous comprenons sans parler. Avec le bienveillant soutien du Directeur général, nous lançons le premier Manifeste pendant les élections, nous faisons défiler l’Unicef devant l’Assemblée nationale pour la première fois de son histoire, nous rencontrons des centaines de personnes et faisons de l’enfant un acteur du débat public. Ou, plutôt, nous essayons chaque jour, car rien n’est jamais acquis. Les petites victoires ne comblent pas toujours le désarroi de savoir des millions d’enfants morts de faim, atteints du sida ou enrôlés dans les conflits. Alors que nos équipes sont partout dans le monde et savent l’éviter si les moyens financiers leur sont donnés.

Demain, je ne sais pas où je serai. Mais je serai passionnée toujours. Et humble toujours plus.

Mon parcours est celui de tant d’autres à qui la République a offert un ascenseur social pour ciseler les qualités humaines et intellectuelles offertes par leur famille. J’ai tout appris à l’IEP. Je me sers de tous les conseils que l’on m’a donnés, même 10 ans plus tard. Surtout 10 ans plus tard car il m’arrive d’en comprendre certains bien davantage aujourd’hui.

Je connais l’école que je conseillerai à mes enfants, pour qu’ils deviennent de jeunes pousses d’avenir !

Amendine DUC (2004 - PO)
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25/11/2013
      

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