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  « Pierre MICHELETTI, ancien Prsident de Mdecins du Monde »

 

Pierre MICHELETTI, ancien Président de Médecins du Monde,
Co-directeur du master Organisations Internationales

Au delà d’un profil, et peut-être d’une discrétion assumée, chez Pierre MICHELETTI, il y a un homme et des convictions fermes et affirmées.

Aujourd’hui, c’est sous sa casquette de co-directeur du master Organisations Internationales de Sciences Po Grenoble que Pierre nous attend pour répondre aux quelques questions que nous avions prévues. Au menu, rétrospective sur son parcours évidemment, en guise de mise en bouche, mais aussi et surtout des perspectives pour le master, ses étudiants et pour un avenir plus personnel. A nous en laisser l’eau à la bouche.

De la constance des convictions pour de multiples casquettes

A 55 ans, Pierre Micheletti, en plus d’être impliqué au sein du master Organisations Internationales dont il assure la direction avec Franck Petiteville, est en effet médecin en santé publique. Mais ceux pour qui son nom est familier, peut-être est-ce par son engagement au sein de Médecins du Monde, par son activité au centre hospitalier psychiatrique de Saint-Egrève ou par cette autre casquette encore de directeur de l’AGECSA (Association de Gestion des Centres de Santé) à Grenoble.

Pour en arriver là pourtant, le chemin a été long, et c’est avec un léger sourire sur le coin des lèvres, de nostalgie peut-être, que Pierre nous en fait part. Ayant toujours voulu s’expatrier à l’étranger, dès ses études de médecine, Pierre Micheletti choisit une spécialisation en médecine tropicale et santé publique dans les pays en développement. Il fait son internat en Guyane et en Chine, écrit une thèse sur le système de santé chinois et effectue plusieurs stages en Afrique de l’Ouest ou en Polynésie. Mais vient rapidement le temps de son entrée, plus formelle, dans le monde humanitaire. En 1987, il part avec Médecins du Monde, aiguisant toujours plus sa soif d’ailleurs. Il parcourt ainsi l’Amérique Latine, l’Afrique, l’Asie et le Moyen Orient. A son retour en France, il décide de se stabiliser en tant que médecin de campagne dans l’Hérault mais reste pleinement encré au sein de MdM, puisqu’il en devient directeur des programmes. Depuis, les casquettes s’accumulent, toujours, insiste-t-il, conduites par une même conviction : sa volonté de décrypter la complexité d’un environnement, de comprendre l’interculturalité, qu’elle soit anthropologique ou professionnelle. Après avoir passé différents concours de la fonction publique, il accède plus tard, comme mentionné plus haut, au poste de directeur du service de santé de Grenoble mais continue d’évoluer au sein de MdM. Quittant la direction des opérations, Pierre Micheletti devient trésorier de l’ONG et, en 2006, est élu à sa présidence, responsabilité qu’il exercera jusqu’en 2009. Il suffit de quelques minutes de discussion avec Pierre pour comprendre qu’il ne veut pas qu’on accorde trop d’importance à son CV, mais reconnaissons que beaucoup ce serait contenté d’un tel palmarès.

Un rêve d’enfance reste cependant inaccompli. Dès son plus jeune âge, c’est professeur d’histoire qu’il voulait devenir. Alors, en 2009, lorsqu’il quitte la présidence de MdM, il s’oriente naturellement vers l’enseignement, bien qu’il n’ait pas attendu ce moment pour mener une réflexion pédagogique dans son parcours professionnel. S’il est responsable, depuis 2003, du diplôme universitaire "Santé Solidarité Précarité" à la Faculté de Médecine de Grenoble, il s’investit à mi-temps à l’IEP de Grenoble, au sein du master Organisations Internationales, mais également, de façon moins marquée, dans le master Politiques Publiques de Santé. Au sein du master OI, Pierre incarne d’ailleurs davantage la connexion avec le monde de l’emploi, Franck Petiteville étant un académique, deux préoccupations complémentaires et nécessaires. Sans Pierre Micheletti, toute la dimension professionnalisante serait hypothéquée mais sans le niveau académique, les connaissances et les outils pour décrypter la complexité du monde seraient également compromis.

De l’interne curieux du monde à l’humanitaire averti

Vous étiez prévenu, le chemin était long. Pourtant, la suite n’en s’annonce pas moins riche. Mais pour comprendre le personnage, il faut avant tout comprendre les convictions qui ont poussées Pierre, alors jeune médecin praticien, à s’engager sur les routes du monde et à croiser médecine et humanitaire. Au delà d’une soif d’exotisme assumée, revient sans cesse cette volonté de comprendre l’interculturalité et d’appréhender la complexité des situations. Sa thèse sur le système de santé chinois mêlait déjà considérations cliniques et approche politique et systémique. La rencontre de la médecine et l’aide humanitaire a été pour lui une magnifique occasion de voyage, dans des conditions souvent hors normes. Ne lui parlez plus de tourisme, l’humanitaire a décidemment révolutionné sa conception du voyage, mais aussi celle du partage et de l’entraide. Sans être animé d’une foi religieuse, de convictions politiques, ni même d’altruiste, nous dit-il modestement, Pierre Micheletti souhaite surtout rendre service, faire son travail de médecin mais le faire dans des situations extraordinaires, au fin fond de la Colombie, du Yémen, du Sud Soudan, vivre dans des lieux et de partager des choses improbables avec des populations incroyables. Pour lui, une chose est sûre : sa conviction sociale et politique est apparue comme une conséquence acquise en chemin. Mais chemin appelle cheminement, en tout cas chez Pierre Micheletti. Fort de ses expériences, il s’illustre aujourd’hui pour la fermeté, et avouons-le pour la justesse, de ses propos envers l’aide humanitaire : il la faut désoccidentaliser et exiger d’elle qu’elle soit réciproque. L’aide humanitaire aujourd’hui ne doit pas être dominatrice, elle ne peut plus l’être dans un contexte international régit par de nouveaux équilibres internationaux.

De l’avenir du master : “Ni des chômeurs ni des inadapté(e)s sociaux”

Mais ce n’est pas le seul appel d’avenir qu’il entend défendre, bien que ceux qu’il aborde ensuite soient à des échelles plus réduites. Pour ce qui est du master Organisations Internationales, Pierre Micheletti a l’ambition de développer une culture de réseaux à partir des diplômés du master. Si chaque ancien diplômé devient un cadre expérimenté et s’ils jouent le jeu de se souvenir de leur filiation, le problème des stages sera résolu, promet-il. Dans cet esprit de culture du réseau, Pierre Micheletti invite régulièrement d’diplômés de Sciences Po Grenoble, aujourd’hui responsables en ONG pour intervenir auprès des étudiants. Il espère ainsi susciter un sentiment de solidarité des diplômés pour les étudiants du master.

Si aujourd’hui, le master bénéficie d’une certaine renommée auprès des grandes ONG internationales, il est nécessaire de développer ce réseau. Une nécessité qui s’inscrit dans une dynamique d’avenir pour le master, à l’heure où l’espace dans les formations humanitaires devrait s’ouvrir. Il y a effectivement, dans les masters “humanitaire” français, un espace occupé par quelques grandes figures de l’action humanitaire (Rony Brauman, Philippe Ryfman, ...). Et il est à prévoir qu’une fois à la retraite, ce qui ne saurait tarder pour certains, le master “Organisations Internationales” de l’IEPG aura sa carte à jouer dans les formations phares de ce domaine. Notre co-directeur de master espère ainsi ouvrir de nouveaux débouchés et favoriser l’employabilité des nouveaux diplômés.

Et si on nous parle souvent de certaines difficultés que les étudiants rencontrent à la sortie du master “Organisations Internationales”, Pierre Micheletti sait être rassurant. Pour lui, tout se résume dans une formule: “ni des chômeurs ni des inadapté(e)s sociaux”. C’est en tout cas la ligne pédagogique qu’il entend poursuivre. Si l’environnement d’employabilité présente des obstacles évidents, à l’exemple de la dégradation de la sécurité pour les humanitaires dans de nombreuses régions du monde, le parcours des anciens est une preuve parmi d’autres de la réussite de l’équipe pédagogique du master. D’autant plus que tout n’a pas était fait en termes de professionnalisation. Et pour cela, trois axes, selon Pierre, doivent être développés: renforcer le fameux réseau des diplômés, multiplier les interventions de professionnels de l’humanitaire au sein du master et enfin œuvrer à un métissage des cours afin d’aborder davantage de problématiques humanitaires abordables en France. Mais Pierre se veut néanmoins prévenant : contenu des nouveaux risques qui émergent au niveau international, il faut que l’humanitaire soit une réelle conviction. Futur(e)s étudiants du master, vous saurez à quoi vous en tenir pendant vos entretiens d’entrée en master.

Parallèlement, il pense s’engager de manière plus franche au sein du master Politique Publique de Santé. En tant que membre du groupe de réflexion pour une nouvelle maquette pédagogique de ce master, il entend répondre à la nécessité d’excellence d’une telle formation en y injectant des thématiques d’avenir. Il suggère ainsi quelques exemples tels que la question des inégalités sociales de la santé et de la précarité et la question de la psychiatrie publique. Cette dernière est la seule spécialité médicale qui se préoccupe d’une planification territoriale, qui met en place des hôpitaux plus des satellites sur les territoires. L’intégrer au master PPS formerait ainsi les étudiants à une problématique très contemporaine.

Du temps pour la plume

Dévoué, Pierre l’est assurément, pour ses étudiants, dans son engagement humanitaire et ses différents métiers, mais il veut cependant se donner du temps. Il nous avoue par exemple qu’il pense mettre un terme à ses fonctions associatives de gestion des organisations mais essaiera de se recentrer sur des fonctions politiques.

Mais le fond de sa pensée n’est pas là, c’est écrire qu’il veut, des romans, des essais, des carnets de voyage. Et on imagine aisément qu’avec un tel emploi du temps, le temps vienne à manquer. Pourtant, Pierre n’en est pas à son premier livre, sans parler des innombrables articles publiés dans Le Monde, Libération, Le Monde Diplomatique ou Esprit. « Sur ma page Wikipédia, vous retrouvez tout », glisse-t-il modestement. Il est ainsi l’auteur d’un roman « Les orphelins », dans lequel il croise réalité, celle de l’affaire de l’Arche de Zoé et fiction. Il écrivait également en 2011, « Afghanistan : Gagner les cœurs et les esprits », aux éditions PUG et en collaboration avec RFI. Un livre nécessaire selon lui pour trois raisons au moins : témoigner d’une situation humaine catastrophique, décrire la complexité d’un terrain singulier, illustrative des terrains d’intervention humanitaire, et dénoncer un mélange des genres caractéristique de notre époque où militaires et humanitaires friquotent, aide d’Etat et aide non-gouvernementale se chevauchent.

S’arrêter là ? Jamais, et les idées ne manquent pas : une fiction est en cours d’écriture, un carnet de voyage en Amérique Latine en réflexion. C’est donc du temps qu’il lui faut.

Et bien que du temps, Pierre en donne, avec plaisir très souvent, l’heure du repas approche et chacun d’entre nous le sent, empli de saveurs d’exotisme et d’un appétit d’avenir.


Mathieu DORE (tudiant M2 ORG INT)
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Alors que je suis dans ma 5ème année d'enseignement à l'IEP de Grenoble, par ailleurs coresponsable du master "Organisations internationales", j'ai acquis la conviction que l'IEP doit conserver son approche généraliste et pluridisciplinaire pour préparer les étudiants à entrer dans la vie professionnelle.

L'analyse des situations de crises, celles qui mobilisent la solidarité internationale et les actions humanitaires, a plus que jamais besoin de la pluralité des regards et des champs disciplinaires pour décrypter les ingrédients des situations complexes qui font l'actualité de l'histoire contemporaine. Ces événements, parfois dramatiques, trouvent leur genèse dans le téléscopage de facteurs politiques, économiques, religieux, tribaux, comme dans le "big game" de logiques et/ou d'intérêts géopolitiques régionaux ou mondiaux.
L'hyper spécialisation dans un domaine unique ne peut suffire à livrer une analyse satisfaisante de ces situations.
Venant renforcer les qualités propres de nos étudiants, soumis à un processus de sélection sévère, cette approche plébiscitant une "politologie multifactorielle" trouve ainsi tout son sens. Ce modèle doit être réaffirmé et assumé vis à vis d'étudiants inquiets qu'une formation généraliste soit peu valorisée par les employeurs potentiels.

Ainsi, revendiquer la pertinence de l'approche pédagogique qui est la nôtre, aboutit à se préoccuper de la possibilité concrète qu'auront les étudiants à trouver des emplois qui leur permettront de mettre en oeuvre les connaissances acquises. Dès lors, une préoccupation affirmée pour l'employabilité des jeunes gens qui sortent de l'IEP de Grenoble devient incontournable.

J'ai pour ma part, dès que j'ai pris conscience de ces enjeux, cherché à préparer la recherche d'emploi en mobilisant deux stratégies, parfois intriquées : faire intervenir des professionnels, dirigeants d'ONG auprès des étudiants, et mobiliser le réseau des diplômés déjà engagés dans la vie active.

Qui mieux que les aînés, confrontés chaque jour aux défis du quotidien, peuvent être convaincus que la polyvalence des enseignements dispensés à Grenoble et les approches développées sont des atouts pour affronter l'avenir, au sein des ONG, des OI, comme des entreprises ?

L'excellence académique est incontournable. La connexion au réel aussi.
C'est sur deux appuis qu'il nous faut cheminer.

Pierre MICHELETTI
Professeur associé à l'IEP de Grenoble, co-responsable du Master "Organisations Internationales"
Président de l'AGECSA (Centres de santé associatifs de Grenoble)
Médecin de santé publique au Centre Hospitalier Alpes Isère
 

A lire également : "Comment soigner les Afghans", article paru en novembre 2013 dans le Monde Diplomatique.

Editorial paru sur le site de l'OCCAH 8 avril 2014


10/02/2014
      

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