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  « Des ressources humaines à la police nationale »

 

Mohamed Douhane (1986 PO), Commandant de police.

Devenir policier, un rêve d’enfant ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’épouser cette profession ? Avez-vous rencontré des difficultés ?

Je ne suis pas devenu policier par vocation. Je dirais plutôt que ce métier que j’exerce avec passion aujourd’hui est l’aboutissement d’une longue réflexion et de ces petits hasards qui font la vie.

Après un diplôme de Sciences-Po acquis en 1986 à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, puis un DESS « responsable de formation », je me suis orienté vers la gestion des ressources humaines. J’ai ainsi commencé ma carrière comme responsable de formation dans un organisme spécialisé pour demandeurs d’emploi, puis pendant trois années, j’ai exercé comme conseiller-emploi à la mairie de Grenoble. J’avais alors 25 ans, j’étais fonctionnaire et mon emploi stable me permettait d’être indépendant. J’étais passionné par mon métier et je pensais avoir trouvé ma voie.

Pensant poursuivre ma carrière dans la fonction publique territoriale, je me suis présenté avec succès au concours de catégorie A d’attaché territorial. Un poste m’avait par la suite été proposé au sein de la DRH de la Mairie de Grenoble.

Mais la vie est aussi faite de rencontres. Un jour d’automne 1990, alors que je faisais mon service national, durant une permission je me suis rendu chez mes parents. Mon père, chauffeur de bus, avait invité à déjeuner un homme avec lequel il s’était lié d’amitié. Ce monsieur faisait quotidiennement le trajet dans le bus que conduisait mon père. J’ai donc fait connaissance avec ce monsieur, que j’ai trouvé très rapidement chaleureux, ouvert et intelligent. C’est après plusieurs heures de conversation, qu’il m’a annoncé, qu’il était inspecteur aux Renseignements Généraux de Grenoble ! Je suis tombé des nues, j’étais en train de déjeuner avec un flic des RG ! J’étais un peu déstabilisé car il ne correspondait pas à l’image que je me faisais des policiers. Il n’avait rien de cette image négative qui est véhiculée dans certains quartiers sensibles (J’avais habité durant de nombreuses années dans le quartier de la Villeneuve).

Avant de quitter notre domicile, l’inspecteur me dit : « Vous devriez rentrer dans la police, vous y découvrirez des métiers passionnants ! Si ça vous intéresse, un jour je peux vous faire visiter l’hôtel de police de Grenoble où je travaille et vous pourrez rencontrer certains de mes collègues ». Ce qui fut fait deux mois plus tard ! J’ai ainsi pu passer un après-midi entier avec des policiers qui ont pris le temps de me parler de leurs fonctions, de leur vision du métier et de ses difficultés. L’accueil était chaleureux et j’ai tout de suite trouvé ce monde fascinant ! C’est ainsi que j’ai décidé de passer le concours d’inspecteur de police. J’avais une certaine appréhension, j’allais entrer dans un monde inconnu qui suscite les fantasmes les plus fous.

Quand je parlais de mon choix à mes amis, certains pensaient que j’étais devenu fou ! Un fils d’immigré algérien dans la police française... Pourquoi pas ?! J’ai toujours aimé les défis et surtout enfoncer les portes qui me paraissent fermées. Je me suis donc présenté avec succès au concours.

Neuf mois plus tard je suis entré à l’Ecole supérieure des inspecteurs de la police nationale pour y suivre une scolarité variée et enrichissante. Dans cette école de formation, il régnait un esprit de franche camaraderie et le sentiment d’appartenir à une « Grande maison ». Au fil de ma carrière, j’ai constaté que la police nationale était à l’image de la population française, avec son lot de gens lumineux et de bons pères de famille ! Mais on doit reconnaitre que les policiers sont toujours aussi mal connus du grand public.

 Comment expliquez-vous que les policiers soient aussi mal connus ?

L’opinion publique a toujours été fascinée par les faits divers. Il suffit de voir la couverture médiatique de certains crimes et affaires judiciaires, pour s’en rendre compte. Paradoxalement, les policiers, leurs missions ainsi que les difficultés de leur métier sont relativement mal connus du grand public. Plusieurs raisons expliquent cette réalité. La première raison tient d’abord au statut des policiers et aux obligations qui sont les leurs. Vous devez d’abord savoir que dans l’exercice de ses fonctions, le policier est non seulement soumis au secret professionnel mais aussi au devoir de réserve. Concrètement, cela signifie que le policier est soumis au silence à propos de ce qu’il entend et voit dans le cadre de son travail. En cas de manquement, des sanctions sévères sont prévues, qui peuvent même aller dans certains cas jusqu’à la révocation. Vous comprendrez ainsi aisément les réticences que les policiers ont à s’exprimer. Autre raison de poids, la police comme l’armée ont pendant longtemps été de grandes « muettes » et le secret y faisait office de religion. Ce n’est que très récemment que les autorités du ministère de l’intérieur ont pris conscience de l’intérêt de mieux et plus communiquer dans les médias.

L’objectif clairement affiché est de valoriser l’image de la police nationale. Ainsi aujourd’hui la plupart des policiers ont compris que la communication et l’information devaient permettre de mieux faire connaitre leur métier, leurs missions ainsi que leurs difficultés. Dans une société démocratique et ouverte comme la nôtre, il faut savoir communiquer pour être compris et susciter l’adhésion.

Que penser aussi de toutes ces séries policières populaires, plus ou moins réussies qui s’invitent presque tous les jours sur nos écrans de télévision telles « Navarro », « Maigret », ou « Commissaire Moulin » ? Reconnaissons que ces séries sont très populaires, mais qu’elles prennent également beaucoup de distance avec la réalité des situations vécues sur le terrain !

Les fantasmes et les caricatures qui entourent les policiers sont nombreux, alors qu’il faudrait rendre hommage à leur professionnalisme et à leur dévouement, car ils font un métier noble et passionnant.

Pouvez-vous nous parlez des métiers de la police ?

Les missions de la police nationale sont très diverses : sécurité des personnes, des biens et des institutions ; maîtrise des flux migratoires et lutte contre l'immigration illégale ; lutte contre la criminalité organisée, protection du pays contre la menace extérieure et le terrorisme et préservation de l'ordre public. Comme vous pouvez le constater, les menaces qui pèsent sur notre pays sont nombreuses, réelles et polymorphes !

A ces missions diverses correspondent des métiers variés. On entre dans la police nationale en passant les concours très sélectifs de commissaire, d’officier (deux concours de catégorie A) et de gardien de la Paix (concours de catégorie B).

Les commissaires de police appartiennent au corps de conception et de direction de la police nationale. Le concours externe est ouvert aux candidats titulaires du master ou d'un diplôme équivalent.

Le corps comprend deux grades : commissaire de police et commissaire divisionnaire de police. Ils sont chargés de l'élaboration et de la mise en œuvre des doctrines d'emploi et de la direction des services dont ils assument la responsabilité opérationnelle et organique.

Les officiers de police appartiennent au corps de commandement de la police nationale lequel comprend 3 grades : lieutenant, capitaine et commandant. Ils assurent les fonctions de commandement opérationnel des services et d’expertise supérieure en matière de police et de sécurité intérieure. Ils secondent ou suppléent les commissaires de police dans l’exercice de leurs fonctions. Ils ont également vocation à exercer des fonctions de direction de certains services. Le concours externe est ouvert aux titulaires d’un diplôme de type Bac +3 mais dans la réalité près de 60% des candidats sont titulaires d’un master.

En conclusion je dirai que ce métier que j’ai choisi exige des qualités intellectuelles et humaines fortes. Il est fait d’action et de réflexion et la routine y est rare. Vingt et un ans après avoir passé le concours, la passion est toujours !

Enfin, la police est selon moi un des meilleurs postes d’observation de notre société. « La police s’occupe de tout et ensuite de ce qui ne la regarde pas » faisait remarquer Talleyrand en son temps. Deux siècles plus tard, la réalité a-t-elle beaucoup changé ?

Mohamed Douhane
Commandant de police
mohamed.douhane@wanadoo.fr

 

Mohamed Douhane a publié en janvier 2012 « La délinquance des mineurs. Relever le défi » aux éditions François Bourin Editeur.

De plus en plus jeune, de plus en plus violente : la délinquance des mineurs change de visage de jour en jour. Qu'ils soient parents ou victimes, les Français s'inquiètent. La classe politique, elle, dresse un constat désabusé... [Lire la suite...]

 

 

06/02/2013

      

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