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Un haut-fonctionnaire de terrain

 

Jean-Louis Büer, 1984 SP - DEA Et. Pol. 1986
Jean-Louis Büer : « J’accepte cette contrainte, qui n’en est pas une pour moi car cela permet de ne pas être immobile et se scléroser. C’est très sain de pouvoir changer en acquérant toujours de nouvelles compétences ».

Ce Chambérien d’origine a construit sa carrière sur un mot d’ordre : la passion pour son métier. Lancé dans l’arène du ministère de l’agriculture en 1990, il n’hésite pas à multiplier les expériences professionnelles : de Moscou à Amiens, ce haut-fonctionnaire « tout terroir » a le sens du service public, auquel il consacre une énergie communicative. Aujourd’hui directeur de l’INAO (Institut National de l’Origine et la Qualité), il s’attèle à la reconnaissance des bons crus et de la bonne chère.

Après un bac Scientifique, c’est lors de ses études à l’IEP de Grenoble que Jean-Louis Büer trouve sa voie : le service public. Le déclic lui vient de ces mois passés à étudier aux Etats-Unis, dans la prestigieuse université de Berkeley. En se confrontant au système étatique américain, il comprend que la colonne vertébrale de la France reste l’Etat, « cette structure publique qui donne une cohérence à notre société ».

Alors direction Paris pour décrocher le concours de l’ENA : après un revers en 1986, échec en demi-teinte puisqu’il obtient celui de la Banque de France, Jean-Louis Büer entre dans la célèbre école en 1987. A la fin de son cursus, il hésite entre deux ministères, l’éducation nationale et l’agriculture, mais ce dernier remporte ses faveurs : « c’est un ministère à la fois très technique et ancré dans notre histoire, mais il est surtout foncièrement tourné vers l’avenir, l’agriculture restant un secteur-clé de notre économie ». Lancé dans sa carrière de haut fonctionnaire, il ne s’arrêtera qu’un temps pour se consacrer au conseil général de Picardie, « une très bonne expérience ». Il revient ensuite aux sources de son engagement professionnel : le métier de haut fonctionnaire lui plaît, malgré la frustration de ne jamais posséder son poste, et devoir changer sans cesse de fonction voire de région. « J’accepte cette contrainte, qui n’en est pas une pour moi car cela permet de ne pas être immobile et se scléroser. C’est très sain de pouvoir changer en acquérant toujours de nouvelles compétences ».

Cette volonté de multiplier les rencontres et les contacts, les métiers et les secteurs d’activité (du vin aux labels de qualité en passant par les lycées agricoles) émergeait déjà lors de ses études supérieures. Car de son passage à Science Po Grenoble, Jean-Louis Büer retient surtout la diversité, motclé de l’enseignement qu’il a reçu entre les murs de l’institut : « on apprend toujours des gens différents de nous, de nos professeurs et camarades pendant nos études, puis de nos collaborateurs et interlocuteurs plus tard ». Une devise qu’il applique tout au long de son parcours : « J’aime agir, j’aime voir ailleurs et faire un pari sur l’avenir » assure Jean-Louis Büer avec emphase mais conviction. C’est chose fait en 1994 avec un détour par l’ambassade française à Moscou dans une Russie mouvante en pleine transition. Ce féru de littérature russe (Vassili Grossman et Mikhaïl Boulgakov en tête) tombe amoureux de la Belle de l’Est, qui lui inspire même un livre publié en 2001, « La Russie, idées reçues ».

Ce fonctionnaire éclectique aimerait plus tard explorer d’autres horizons : travailler à nouveau dans une collectivité territoriale ou aller toujours plus loin à l’est, son regard se portant sans hésiter sur la Chine. Avec toujours en tête, cette volonté de réformer, réaliser des projets, s’enrichir de rencontres et de compétences nouvelles, jusqu’à la prochaine étape.

Bio Express
13 avril 1961 : naissance à Chambéry
1981-1986 : IEP de Grenoble (SP), maîtrises d’histoire et de droit public puis DEA d’Etudes Politiques
1987 : entrée à l’ENA
1990-1994 : Chef de bureau au ministère de l’agriculture
1994-1997 : Attaché agricole à l’ambassade de France à Moscou
1997-2001 : DGA de l’ONIVINS (Office National Interprofessionnel des Vins)
2001-2004 : DGA des services du Conseil régional de Picardie
2004-2006 : chargé de mission auprès du Ministère de l’agriculture
2006 : reçoit le titre de Commandeur de l’ordre du Mérite Agricole
2006-2009 : directeur général de l’enseignement agricole et de la recherche
29 juillet 2009 : nommé directeur de l’INAO


Estelle FAURE
2011 POL - Journalisme

Interview tirée du Magazine n°43 (Novembre 2009)

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