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« Entrer à 43 ans à Sciences Po en 1990 »

 

Claude BACHELIER (1993 PO)

Ce matin de septembre 1990, j’attendais devant la salle de cours que le professeur arrive. Autour de moi, des garçons et des filles qui tous et toutes avaient quasiment le même âge que ma fille. En effet, j’avais 43 ans et j’arrivais dans un monde qui m’était totalement inconnu, celui de l’université, celui des professeurs et des maitres de conférence, celui du monde étudiant.

J’arrivais donc à l’IEP, en seconde année – seconde année que j’allais faire en deux ans - et j’étais ce qu’on appelait alors « un troisième voie ».

Début 1990, Anne – ma chère et tendre - avait lu dans un journal gratuit une annonce de l’IEP qui invitait les salariés qui avaient le goût de la lecture, sachant rédiger et ayant quelques bonnes connaissances en histoire à passer les tests pour intégrer l’Institut. J’ai tenté ma chance et début juillet, le directeur des études m’a annoncé mon admission et m’a demandé d’améliorer surtout mon niveau d’anglais.

Donc ce lundi de septembre, j’entrais dans une salle de cours de l’IEP. Nous étions vingt cinq ou vingt six, dont trois 3ème voie.

L’entreprise dans laquelle je travaillais m’a laissé assister à toutes les conférences de méthodes, cours en amphi, aux séminaires et conférences.

À l’égard du PDG et du directeur de cette époque, j’ai une immense gratitude. À eux, mais aussi à mes collègues à qui il est arrivé de me remplacer plus souvent qu’à leur tour.

Beaucoup m’ont demandé à cette époque : pourquoi l’IEP ? D’abord parce que c’était la seule faculté qui acceptait les non bacheliers. J’avais quitté l’école à seize ans pour parcourir le vaste monde et bien sûr, je n’avais pas le bac. Toute mon adolescence avait été bercée des ouvrages de Jules Verne, de Stevenson, de Jack London et de bien d’autres. Et donc, pour moi, l’avenir, c’était les océans, la découverte d’autres mondes.

À un autre interlocuteur, pourquoi l’IEP, je répondais que je me comparais à quelqu’un qui s’intéresse à la mécanique, mais qui ne sait pas comment fonctionne un moteur à explosion et qui aimerait bien le savoir. À l’IEP, on m’a appris les quatre temps, admission, compression, etc… Puis à démonter intelligemment ce moteur et à le remonter.

Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que j’ai tout compris, que je connais tout du système politique, de la sociologie, de l’histoire. Pas du tout. D’ailleurs, s’il y a aussi quelque chose que j’ai approfondi à l’IEP durant ces trois années, c’est l’humilité. En effet, comment ne pas être humble quand on étudie René Rémond ? Ou Hannah Arendt ? Ou John M. Keynes ? Comment ne pas être humble quand on reçoit les enseignements de MM. Quermone, Croizat, Oberdorff, Burdy ou Martin ?

Il y a autre chose que j’ai appris à l’IEP : la curiosité. Celle qui pousse à aller voir ce qu’il y a derrière l’écran ; celle qui incite à aller comprendre ce qu’il y a derrière les mots ; celle qui oblige à ne pas baisser les bras devant l’inacceptable.

Un jour j’ai demandé au professeur Croizat si toutes les matières enseignées étaient vraiment indispensables. Bien sûr, m’a t-il répondu. Imaginez votre cerveau comme un énorme bureau avec une multitude de petits tiroirs. Et bien, tout ce que vous apprenez ici, inconsciemment, vous le placez dans ces tiroirs. Et quand vous avez besoin d’un élément pour comprendre ou expliquer, vous irez le chercher dans l’un de ces tiroirs.

Il avait raison le professeur : face à la complexité des choses de ce monde, ces tiroirs-là sont précieux. Dans la vie de tous les jours comme dans la vie professionnelle.

Ces trois années d’études n’ont pas toujours été faciles. Pour moi, bien sûr, mais aussi, mais surtout pour Anne et mes « petits » : avoir un mari et un père sur le mode étudiant n’a pas été facile. Mais je sais qu’ils ont toujours été à mes côtés. Cela m’a été ma force.

Le dernier jour, le directeur nous a réunis dans le grand amphi. Je pensais que tous les professeurs seraient présents, dans leurs habits d’universitaires et que la cérémonie serait, sinon grandiose, du moins imposante. Il n’y avait que le directeur, son adjoint, le directeur des études et deux ou trois profs. En « civil » qui plus est. C’est ma seule déception à l’IEP.

Ce jour-là, j’ai ressenti un grand vide : cette belle aventure intellectuelle et humaine était terminée.

Je me garderai bien de donner des conseils à qui que ce soit. Pour autant, même si les temps sont difficiles, je sais que les enseignements donnés à l’IEP donnent les connaissances qui permettent à celles et ceux qui en sont issus de rentrer dans la vie professionnelle avec un bagage de grande qualité. Certes, ce n’est jamais facile. Mais il faut suivre son chemin, écarter les Cassandre et ne jamais baisser les bras.

Pour ce qui me concerne, les années ont passé. Mais les années Sciences Po, elles, n’ont pas passé. Et ne passeront jamais.

Claude BACHELIER
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01/02/2021

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