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« président de Koz »

 

Entretien avec Gaëtan DE ROYER DUPRE (2000 SP), président de Koz, cabinet de conseil en affaires publiques
« Je ne vois pas de fierté dans l’issue du combat, mais dans la noblesse de la cause que l’on sert. »

- Bonjour Gaëtan, merci de bien vouloir répondre à mes questions, tout d’abord est-ce que tu peux me parler de ton parcours étudiant ?

Il est assez classique, mais comme Sciences Po le proposait autrefois car cela a pas mal changé, autrefois c’était une école très généraliste, j’ai d’abord eu un parcours scientifique au lycée, et à Sciences Po j’étais en section service public. A l’époque c’était très uniforme, beaucoup moins « à la carte » que maintenant, et c’était en trois ans, ce qui nous donnait une équivalence bac+4. En sortant de Sciences Po on pouvait faire ce qu’on appelait un troisième cycle, qui aujourd’hui est le master 2, et j’ai donc prolongé à Sciences Po Paris par un master 2 de recherche, qui à l’époque s’appelait un DEA : Diplôme d’Etude Approfondies, en économie appliquée section commerce international. J’ai fait ça parce que je trouvais que l’économie était mon point faible et j’avais à l’époque la volonté de passer des concours administratifs. Finalement en sortant de ce DEA j’ai fait des stages dans l’intelligence économique, puis dans le conseil en stratégie marketing où j’ai été embauché pour une petite année avant un dépôt de bilan qui m’a poussé dans les bras du conseil en lobbying que je n’ai pas quitté depuis. Je trouve que pour faire ce métier qui nous plonge dans la complexité de la prise de décision, Sciences Po est une excellente formation par son approche pluridisciplinaire et synthétique, parce que c’est l’apprentissage du caractère pluriel des problématiques, chaque fois qu’il y a un problème, généralement il y a différentes facettes d’un diamant qu’il faut savoir explorer ; c’est d(ailleurs ça le métier du politique, explorer les différentes facettes, contre le regard du technicien qui aura tendance à n’aller que dans une direction spécialisée. J’ai l’impression que Sciences Po a beaucoup changé depuis, avec du positif, par exemple avec plus de diversité, moins de pensée unique, de doxa, mais aussi du négatif avec peut-être moins de rigueur sur les capacités de synthèse et d’écriture, et une approche moins pluridisciplinaire et plus « à la carte ».

- Quand tu es rentré à Sciences Po Grenoble, qu’est-ce que tu voulais faire après ?

Je voulais servir l’Etat, avoir une carrière dans l’administration.

- Qu’est-ce que ça veut dire pour toi : faire du lobbying ?

Moi, je considère que notre métier c’est d’accompagner le client dans le débat public, que tout le monde est légitime à prendre la parole à partir du moment où ses intérêts sont inquiétés, car c’est un droit fondamental que de pouvoir se défendre, on est dans une économie libre, donc c’est d’abord et avant tout une expression démocratique, qui va aider aussi le décideur à ne pas légiférer hors sol. Faire du lobbying, c’est donc cette capacité à faire remonter une expertise, à la traduire en des termes un peu plus politiques, à la problématiser, la chiffrer, la sourcer, et surtout, à faire des propositions pour trouver des solutions à des problèmes. C’est aussi cette capacité à alimenter des études d’impact des pouvoirs publiques, c’est un travail qui est à mi-chemin entre celui d’un avocat et celui d’un expert sur un sujet, le tout traduit en du langage politique.

- On emploie beaucoup de termes ; affaires publiques, lobbying, plaidoyer, … est-ce que tu vois une différence entre ces termes, ou sont-ils interchangeables ?

Ce sont trois chemins ayant la même finalité. Ces trois chemins s’expliquent par des différences sociologiques, historiques, mais ils se rejoignent avec le même objectif d’influer sur la norme, de peser sur la décision publique. Généralement, le terme de plaidoyer est réservé aux associations qui pensent parfois un peu vite représenter l’intérêt général. L’intérêt général est une notion assez compliquée à définir parce qu’elle résulte plus d’une confrontation de points de vue que d’une vérité unilatéralement professée venant d’en haut, quand bien même cette volonté émanerait de l’Assemblée, du vote. Les associations, parce que souvent elles représentent un secteur non marchand, pensent avoir l’apanage de l’intérêt général. On utilise un terme qui leur est spécifique, et qui par ailleurs va d’avantage mobiliser des communications grand public, pour que le grand public lui-même fasse pression sur le politique. Les affaires publiques, c’est le terme utilisé par les gens qui font du lobbying et qui n’assument pas, si on veut résumer. Il y a aussi le terme d’influence, que vont pas mal utiliser les agences de presse. Enfin il y a ce terme de lobbying qui, il est vrai, est très connoté. Moi je fais partie de ceux qui ne l’aiment pas tellement parce qu’en réalité il veut tout et ne rien dire, et qu’il y a une guerre sémantique qui a été perdue à cause des mauvaises pratiques (le réseau et la connivence avant l’excellence et la transparence du discours) qui persistent et d’un certain nombre de scandales qui sont réels, et qui ont mis la corruption au cœur symbolique d’une activité qui est par ailleurs légitime, essentielle, et vieille comme le monde.

- Pour parler de Koz plus précisément, qu’est-ce qui, chez Koz, vous différencie des autres cabinets de lobbying ?

Il y a un grand défi qui nous a beaucoup amusé quand on a lancé Koz, c’est qu’en réalité quand on regarde le lobbying, on se rend compte que c’est une activité qui n’a cessé d’évoluer depuis sa naissance, à mesure que la communication et le débat public évoluent. Je prendrai un exemple ; au début des années 80’, quand la télévision s’est démocratisée, on s’est immergé dans ce qu’on appelle une démocratie d’opinion. Le plateau du JT de TF1 est vite devenu aussi important, voire davantage, que l’hémicycle de l’Assemblée. Et bien le lobbying s’est mis à faire des relations presse et à utiliser la communication télévisée, grand public. Nous, ce qui nous apparaissait très clair en 2016 quand s’est posée la question de créer Koz, c’est que le secteur du conseil en affaires publiques était arrivé au bout d’un cycle, sans se requestionner, alors que par ailleurs on assistait à l’avènement de technologies très horizontales, permettant la co-construction de missions, ce que l’on appelle nous les « civic tech », et d’un certain nombre d’outils permettant d’interpeller en toute transparence, les décideurs, de retransmettre les débats en ligne, bref il nous semblait qu’il y avait un certain nombre d’outils qui étaient très intéressants pour répondre à l’aspiration sociétale de plus grande transparence et qui me semblaient totalement légitimes, et répondre aussi à une aspiration d’une plus grande participation des citoyens et d’une plus grande concertation. Trop souvent, les lobbies se crispent sur des revendications corporatistes qui les font devenir des caricatures d’eux-mêmes, quand ils gagneraient évidemment à préempter le terrain de la négociation et arriver de façon plus responsable auprès des pouvoirs publics avec des positions qui ont fait l’objet d’un consensus dans leur secteur et auprès de leurs parties prenantes. Chez Koz, on s’intéresse donc d’abord à requestionner les pratiques au profit de méthodes plus horizontales et transparentes. Le deuxième défi qui nous motivait quand on s’est lancés, c’était de démocratiser les affaires publiques, car on est tout à fait conscients que si le lobbying a une valeur ajoutée dans la démocratie, il faut reconnaitre que s’il n’y a pas un accès équitable à cet outil de défense de ses intérêts, il y a un biais qui donne plus de pouvoirs à ceux qui ont plus de moyens. On veut donc, très modestement et à notre niveau, contribuer à rééquilibrer la balance. C’est pourquoi on a créé The Good Lobby France, qui est une plateforme assez inédite, rassemblant des expertises en droit, en communication, en affaires publiques, on a aujourd’hui une centaine de bénévoles, pour les mettre à disposition de petites organisations qui, pour des raisons de moyens et de culture politique, ne sont jamais rentrées dans l’arène. Voilà notre deuxième motivation.

- De manière plus générale, sans parler de Koz en particulier, est-ce que tu as un regret, quelque chose que tu ferais autrement si tu recommençais ta carrière ?

Peut-être d’avoir tardé à créer Koz, pour la liberté que ça m’apporte. On se dit qu’on n’est pas capable, quand on sort un peu jeune de ses études, on se dit qu’on n’est pas légitime, alors qu’en réalité, on ne perd pas grand-chose à se lancer, à innover. Peut-être que la génération actuelle est assez différente, car moi il y avait un certain conformisme, un certain respect pour un modèle classique, qui aujourd’hui a clairement fait faillite, sur le plan environnemental, financier, économique. Requestionner, repenser les choses est à la portée de tout le monde et cela mérite d’être mis en place le plus vite possible. Le grand défi de notre génération est de réinventer le monde pour en éviter la chute. Après, il faut faire confiance en la vie, et quelque part, il vaut mieux une évolution lente mais solide, à une évolution rapide, chaotique, et qui peut parfois dès lors que l’on parle de création d’entreprise, dégouter, car ce n’est quand même pas un parcours de santé.

- A l’inverse, est-ce que tu as une source de fierté, un accomplissement dont tu es satisfait ?

Je crois qu’on est dans une activité où l’on peut atteindre la fierté lorsque qu’on a l’impression de tutoyer l’intérêt général, c’est-à-dire que toutes les missions qui ont été pleines de sens pour moi, sont celles qui évidemment touchaient à des valeurs essentielles. Il y a beaucoup de choses que l’on fait qui peuvent se résumer à du bruit, et il y a quelques missions dont je suis fier parce que d’une certaine manière il y avait vraiment des causes pour lesquelles cela valait la peine de se battre, que j’ai contribué ou non à les faire avancer. Je ne vois pas de fierté dans l’issue du combat, mais dans la noblesse de la cause que l’on sert.

- Maintenant pour reparler un peu plus de Sciences Po, quel est ton meilleur souvenir à Sciences Po Grenoble ?

C’est certainement les moments dans le patio à trainer, c’est sûr que les meilleurs moments sont tout simples, la liberté, la bande de potes, … c’est vrai que c’est plus ça que les enseignements, qui par ailleurs étaient de très grande qualité ! Il y a quelque chose d’assez jouissif à découvrir ce monde profondément adulte, forger son esprit critique, se frotter au monde des idées, ce sont des études qui sont extrêmement stimulantes sur le plan intellectuel, et qui poussent sans cesse à refaire le monde.

- A l’inverse aurais-tu un reproche à adresser ?

A l’époque, je trouvais qu’il y avait un certain conformisme intellectuel, et qui faisait que c’était peut-être un peu dur de s’insérer dans ce monde uniforme, quand on venait d’une fraction minoritaire ou d’un courant anecdotique. Je trouve qu’en matière d’ouverture des idées différentes, ça a peut-être changé, car on pouvait avoir l’impression d’une certaine solitude, avec un moule, un prêt-à-penser, qui pouvait parfois être un peu prétentieux. J’ai d’ailleurs une pensée émue pour deux professeurs de droit constitutionnel ; Joël-Pascal Biays et Bernard Cubertafond, que j’ai profondément admirés pour leur liberté, leur grande culture générale et leur anticonformisme.

- Merci beaucoup Gaëtan pour cet entretien !

Merci à toi !

Propos recueillis par Lauren VIGUIER (étudiante M2 CPI)

« Koz propose régulièrement des stages aux étudiants désireux d’évoluer dans le débat public, à mi-chemin entre les sphères publiques et privées. Il s’agit de stages longs (6 mois), ouverts à des profils curieux, dotés d’esprit de synthèse et férus de dialectique. La formation Sc-Po est donc appréciée. Lauren Viguier nous a rejoints durant une période singulière, en fin de quinquennat, avec une faible actualité parlementaire. Néanmoins, elle a pu contribuer à la communication de nos clients dans le cadre des élections, et participer à l’édition du guide de plaidoyer de The Good Lobby France. Lauren a répondu aux attentes de l’équipe de manière efficace, en apportant beaucoup de bonne humeur et d’esprit positif. Ce fut un vrai plaisir de travailler avec elle ».

Gaëtan DE ROYER DUPRE
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27/07/2022

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