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« L’histoire d’un parcours atypique »

 

Manuella BARREAU-MOUTOU (2017 - Master DPC)
Chargée de mission pour le développement et l’accompagnement des Industries Culturelles et Créatives à la Région Guadeloupe.

Une rude bataille pour gagner le droit au « retour au pays »

En 1996, après avoir travaillé 10 ans dans un bureau d’études et de conseils pour l’habitat à Paris, je suis retournée en Guadeloupe, mon île natale. La même année, j’ai pu intégrer la région Guadeloupe sur un poste d’assistante. Il a fallu gagner ce retour « au pays » et m’insérer professionnellement et socialement ce qui n’était pas du tout acquis.
Avec deux enfants en bas âge et une méconnaissance de la fonction publique territoriale, j’ai préparé avec acharnement différents concours. Successivement, j’ai été lauréate des concours de rédacteur, attaché et attaché principal. En quelques années, je suis passée du poste d’instructeur au sein des directions de l’aménagement du territoire, de l’environnement, de la politique de la ville et du tourisme au poste de chef du service du « Spectacle vivant » au sein de la direction de la culture et de la formation artistique.

Le spectacle vivant, un domaine qui m’a passionnée pendant 15 ans

J’ai managéune petite équipe avec laquelle, nous avons pu mettre en œuvre des projets d’envergure tels que :

L’organisation du festival de musiques caribéennes le « Gwadloup’ Festival » . Organisé au mois de novembre sur une dizaine de jours, il se déclinait en deux mouvements : une scène d’artistes caribéens et internationauxainsi quedes prestations musicales d’une cinquantaine de groupes locaux. Il avait pour vocation d’animer le territoire et contribuer à son attractivité touristique tout en favorisant la structuration des artistes, techniciens et entreprises culturelles.

L’organisation de la cérémonie de remise de prix musique intitulée l’Elwa d’Or
Cette cérémonie honorait d’un prix, les personnalités qui avaient œuvré pour la promotion et la valorisation du patrimoine musical de la Guadeloupe (biguine, Gwoka, Quadrille,…). Cet événement répondait à un enjeu de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et a permis d’avoir une banque de données sur ces artistes en voie de disparition.

L’organisation de la présence des compagnies de théâtre guadeloupéennes au festival Off d’Avignon
Ce projet répondait à une double problématique : l’insularité de la Guadeloupe et l’étroitesse du territoire. Aussi, en permettant aux compagnies guadeloupéennes d’être diffusées sur ce grand marché international du spectacle vivant, il leur était offert la chance de roder leurs spectacles, d’être visibles auprès de professionnels du monde entier, d’être confrontées à d’autres formes d’esthétiques et enfin de faire leur promotion.

Le maintien du Diplôme d’Etat en Danse dans la caraïbe
En 2008, en préfiguration de l’ouverture d’un Pôle Régional des Arts du Spectacle (PRAS), il a fallu se battre et faire preuve d’ingéniosité pour maintenir en Guadeloupe, cette formation structurante pour les métiers de la danse qui était en péril.

La valorisation du patrimoine culturel immatériel : « le carnaval »
Toujours en 2008, avec mon équipe et le référent Carnaval, Alain Ganot, nous avons permis la création de l’office du carnaval. Ce fut un long chantier qui a nécessité au préalable le lancement d’une étude de faisabilité menée par le cabinet Qualistat. L’objectif visé consistait à mettre en place une organisation unique avec comme missions la création d’une maison du carnaval en Guadeloupe, l’exploitation d’une licence commerciale, la création d’un package à destination des touristes et surtout une ouverture sur la caraïbe et sur le monde.

La structuration de la mode et du designà travers le programmeInterreg intitulé « Buzz Caribbean »
Ce programme visait le développement économique du territoire guadeloupéen, à travers un programme de structuration des industries culturelles et créatives et plus particulièrement les secteurs mode et design dans le bassin caribéen.
Aux Antilles, aucune donnée statistique fiable n’est encore disponible à ce jour sur la mode ou le champ de l’économie créative. Si ce potentiel demeure brut et encore sous exploré, il constitue une source importante de marques nouvelles et offre également des opportunités de positionnement sur certains marchés extérieurs. Le secteur de la mode sur les marchés de la Caraïbe souffre essentiellement de problèmes d’ordre structurel, organisationnel (déficit d’expertises, production, fragmentation de la filière...) et managérial (besoins de formation, déficit de stratégies adaptées...). C’est donc à la lumière de ces éléments que la Région Guadeloupe a décidé de lancer ce programme d’appui au développement de la filière mode et design, à travers le programme Buzz Caribbean.
Ce projet a été mis en œuvre en 2012 avec Jean-Paul Gaultier comme parrain et ensuite en 2015 avec le Brésil à l’honneur. Il était articulé autour d’un forum technique intitulée « Kreyol Fashion Days » comprenant des conférences, ateliers thématiques, et entretiens individuels, Un casting international pour une sélection de mannequins antillais par des agences internationales ainsi que des défilés de stylistes représentatifs de la caraïbe ont clôturés cet événement.

La préparation du diplôme master 2 de Sciences Po Grenoble : une aventure inoubliable

En 2016, enrichie par ces différentes missions et soucieuse de continuer à me former et développer d’autres compétences, j’ai préparé pendant deux ans, le master 2 « Direction de projets culturels », diplôme de l’Institut des Etudes Politiques (IEP) de Grenoble.

Durant ces deux années, j’ai fait la navette entre la Guadeloupe et Grenoble, à raison d’une semaine tous les deux mois. Cette période a été très enrichissante et a été l’occasion de côtoyer des cadres en situation professionnelle avec des problématiques variées. J’ai pu prendre de la hauteur et être capable de mieux évaluer et appréhender les politiques publiques.

Le Master 2 : la clé pour de nouveaux challenges

Positionner la culture comme un levierde développement économique :
Depuis l’obtention de mon master 2 en 2017, j’occupe la fonction de chargée de mission pour l’accompagnement et le développement des Industries Culturelles et Créatives (ICC)au sein de la direction générale adjointe de l’économie.
On entend par Industries Culturelles et Créatives l’ensemble des entreprises qui produisent, selon des méthodes industrielles des biens qui touchent à la fois à la création, la production et la commercialisation de contenus créatifs de nature culturelle et immatérielle (musique, cinéma, mode, vidéo, livre,…).

Ma mission consiste à veiller à la structuration de la filière des industries culturelles et créatives à savoir :
- L’émergence de nouvelles niches d’emploi notamment dans le secteur de l’artisanat d’art
- L’expertise et le conseil auprès d’associations culturelles pour le montage de leur projet
- L’information et la médiation concernant les dispositifs d’aides existants
- La poursuite du projet de structuration de la mode et du design à travers un état des lieux du territoire des unités de création, production et distribution
- Enfin, la structuration de la filière musicaleà travers la recherche de collaboration avec les différentes sociétés civiles pour l’administration des droits des artistes et musiciens, des sociétés de production discographique, de collecte et de redistribution.

Enseigner le patrimoine culturel immatériel : un enjeu identitaire
Depuis septembre 2018, j’exerce à titre accessoire, une activité d’enseignement à l’Université des Antilles, au Département Pluridisciplinaire de Lettres et Sciences Humaines (DPLSH) à Saint-Claude. J’interviens auprès des étudiants en Licence « Arts du spectacle et patrimoine culturel immatériel ». Je traite des problématiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI) adaptées au contexte local, en prenant pour point de départ, la convention de l’Unesco pour la sauvegarde du PCI.

Des conférences pour partager mes recherches : une expérience riche émotionnellement
J’ai été sollicitée pour animer des conférences, notamment durant l’édition 2018 des journées internationales du patrimoine culturel, où j’ai présenté mes travaux de recherche.Il s’agissait pour moi de définir la notion de patrimoine culturel immatériel et partager mon expérience sur cette formation à Grenoble.

En effet, la première année avait été consacrée à la rédaction d’un rapport d’analyse des politiques publiques. J’avais choisi de décrire le processus qui avait conduit à l’inscription du Gwoka (c’est une musique, une danse et une façon de vivre) sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le 26 novembre 2016. L’enjeu consistait surtout à analyser l’action des pouvoirs publics et le ressenti du « terrain » sur cette inscription.

La seconde année du master a donné lieu à la rédaction d’un mémoire intitulé « la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de la Guadeloupe. Quels enjeux ? L’exemple du Gwoka » .A partir de la définition de la sauvegarde donnée par la convention de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, j’ai cherché à vérifier sur le terrain, les actions mises en œuvre pour la sauvegarde du Gwoka en termes d’identification, de transmission, de recherche et de mise en valeur.

Un parcours professionnel et personnel guidé par une forte envie de dépassement et de recherche de nouveaux défis

Reprendre les études à 53 ans a été une vraie opportunité de dépassement et de développement personnel et professionnel.
Ce long cheminement n’a pas été sans embuches. Il a fallu combiner vie privée et vie professionnelle. J’ai pu heureusement compter sur le soutien indéfectible de mon mari et de mes enfants.
Enfin, la passion qui m’anime et la persévérance dont je fais preuve inéluctablement, m’ont permis d’aller au bout de mes projets.

Aussi, j’invite toutes celles et ceux qui le peuvent à tenter cette belle aventure humaine.


Manuella BARREAU-MOUTOU
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03/09/19

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