Pierre-Jean FUSTINONI (1992 SP), Directeur Général des Services de la Ville de Voiron depuis 2020.
Pourquoi
avoir choisi Sciences Po Grenoble ?
J’ai choisi Sciences Po, car les idées politiques
m’intéressaient, tout comme l’économie. C’était
ces deux matières qui m’ont attiré. J’ai eu
cette vocation à partir de la première, en 1988, où
j’ai commencé à m’intéresser à
ces enjeux. Originaire de la Savoie, Sciences Po Grenoble était
la suite logique pour continuer mon parcours.
Mon parcours personnel s’inscrit aussi dans une vraie cohérence,
car je suis finalement dans le monde politique tous les jours. Une commune
c’est un lieu où l’on peut observer les positions des
uns et des autres, où l’on observe des choix et des idées
avant tout. Je m’y retrouve totalement, d’autant plus que
ces choix sont appliqués au territoire et lui permettent d’évoluer.
Concernant l’économie, je me suis spécialisé
dans les finances, ce qui est un des supports les plus importants pour
l’économie locale. Donc je pense être à ma place,
et Sciences po m’a beaucoup aidé pour en arriver là.
Qu’est ce qui vous a poussé à vous intéresser à la politique locale ?
J’ai toujours plutôt souhaité être à la frontière entre ceux qui font et ceux qui décident. Au final, je n’ai pas choisi, je suis entre les deux. L’idée de mon poste et de tous mes postes passés, est de faire en sorte que ceux qui décident puissent voir leurs décisions se concrétiser. Je trouve que c’est une place très valorisante, car on éclaire le choix politique, et on développe l’opérationnel. C’est un travail très vaste, avec des enjeux variés. Dans ce métier, il y a une ambition, une volonté, un projet d’une équipe politique, qu’il faut assumer, mais aussi, une obligation de résultat très importante.
Comment trouvez-vous l’équilibre entre les capacités de votre commune et les désirs de ceux qui la dirigent ?
On essaie d’éviter d’avoir à
dire « non » frontalement. Notre métier c’est
de conseiller, de dessiner les frontières du possible et de l’impossible,
charge à l’élu de décider à l’intérieur.
Lorsqu’il y a réellement des tensions avec les élus,
c’est très difficile de défendre un projet inverse
que celui qu’on a contribué à construire, ne serait-ce
que vis-à-vis des agents. Si la majorité change ou que votre
maire ne vous suit plus, dans ce cas il est préférable de
partir.
Pourriez-vous nous résumer votre parcours ?
J’ai commencé comme responsable du service de l’emprunt et de la dette de la région Ile-de-France, qui est la première collectivité locale de France. J’y ai découvert le monde de la finance des collectivités locales, notamment sur la manière dont elles se financent sur les marchés, qui m’a beaucoup intéressé. J’ai pu comprendre notamment comment fonctionnaient les banques et ceux qui apportaient des moyens aux collectivités, et c’est vraiment un enjeu crucial pour nous.
Je suis ensuite retourné dans ma région,
je suis devenu directeur général de la mairie de Crolles,
en Isère. J’ai souhaité prendre un poste de directeur
général, j’étais jeune, mais en même
temps j’avais envie d’être là, entre ceux qui
font et ceux qui décident. Crolles était par ailleurs une
ville très intéressante, à la campagne, avec des
moyens importants et de très beaux espoirs. Je me souviens de l’accueil
de ST Microelectronics qui constituait des enjeux importants, à
prendre en compte dans notre gestion de l’eau, de l’énergie,
des routes. C’était donc une ville très active, à
l’image du Grésivaudan.
Suite au décès de mon maire, j’ai décidé
de ne pas défendre du jour au lendemain l’opposé de
ce que j’avais défendu auparavant. Je suis alors devenu responsable
du budget de la ville de Grenoble. C’était un réel
changement d’échelle et de nature. Je suis retourné
à un rôle de technicien, avec de fortes responsabilités
: 1 budget principal et une quinzaine de budgets annexes. Cela m’a
appris toute la technicité attachée aux finances locales.
J’y suis resté deux ans, le temps que l’on m’appelle
pour un poste de directeur général adjoint, à Aix-les-Bains,
où je suis resté 12 ans, à m’occuper des finances,
de l’intercommunalité, de la gestion des satellites et quelques
grands projets de la commune. Les conditions étaient très
intéressantes, avec un maire qui me faisait pleinement confiance,
me donnait beaucoup d’autonomie, dans une ville passionnante et
belle.
Au départ de mon maire, j’ai choisi de rebondir à
Voiron, en tant que directeur général des services de la
ville.
Comment en êtes-vous venu à choisir de ne pas suivre certains élus, et donc à renoncer à votre poste ?
Il y a des logiques politiques à tous les niveaux, également dans le local bien sûr. En tant que responsables, on doit savoir prendre parti pour les camps qui nous paraissent les plus en cohérence avec ce que l’on est. Car parfois, nous aussi devons nous positionner vis-à-vis de choix de politiques publiques : est-ce qu’on pousse très fort sur les dépenses, est-ce qu’on sort tel et tel projet, jusqu’où aller en termes de prise de risques… Ce sont de vrais choix, très concrets, sur lesquels il faut savoir se positionner et donner son avis en tant que technicien. De plus, le directeur général est avant tout un relai des élus qui doivent pouvoir compter sur lui, et qui partage leurs arbitrages. Cela est pour moi un impératif, car en absence de cet accord entre ses dirigeants, une commune se développera mal.
Lorsque vous avez été directeur général, cela était sur des communes de taille moyenne, était- ce un choix ou cela s’est-il imposé à vous ?
J’ai toujours voulu travailler dans des communes.
Pour moi ce qui fait sens c’est la possibilité de participer
aux décisions et de les voir se réaliser sur le terrain.
Pour cela, il faut des communes suffisamment petites pour pouvoir changer
les choses, mais assez grandes pour avoir les moyens de le faire. J’ai
toujours apprécié cela, car nous sommes de bâtisseurs,
qui voient se construire la ville, et cela vous pouvez le faire à
Voiron ou Aix les Bains mais pas à la région Île-de-France.
Dans ces grandes collectivités les décisions prennent beaucoup
plus de temps, et ne sont pas à portée de main.
Cela reste très valorisant de travailler dans de très grosses
structures, car on apprend beaucoup sur le national, la technique, le
monde politique. Quand j’ai commencé à travailler
en Île-de-France, le vice-président était Manuel Valls,
et le président Jean Paul Huchon, des personnalités politiques
de premier plan.
Mais aujourd’hui je suis bien là où je suis, car c’est
dans ma personnalité, j’ai toujours voulu travailler pour
un territoire à une échelle humaine.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut devenir directeur général de services en communes ?
Mon conseil serait de travailler la relation avec les
personnes, que cela soit les élus ou les agents, savoir écouter
les gens et prendre du temps avec eux, je pense que c’est très
important. C’est des métiers où il faut investir beaucoup
de sa personne. Aussi, il faut savoir dire non, et éclairer les
choix sans rien imposer, je pense que ça nécessite un certain
travail. Il faut savoir être clair, poser les sujets et laisser
les autres réfléchir par eux-mêmes.
Interview réalisé par Enzo Guet, étudiant
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02/05/2025














































































































































































































































































































































































































































































































































